last_house_14sur5 Après le remake de La Colline a des Yeux par Aja [succès total, artistique, formel, critique et commercial à la fois] et avant celui des Griffes de la Nuit, nouvelle reprise de l'un des films-phare de Wes Craven, produit par le personnage lui-même. Film devenu culte, certainement pas moins que les deux précédents énoncés, mais qui aura assurément divisé le public en son temps et récidive en ce sens de nos jours encore.

 

Il nous faut restituer le contexte : en 1972, Wes Craven, obscur auteur de bis-otteries, choque l'Amérique avec The Last House On the Left, qui lancera la mode du « rap and revenge », fondée sur un principe de bascule, les affreux coupables salissant l'écran dans un premier temps avant de devenir, à cause de leurs méfaits, des victimes traitées sans plus de pitié que celle qu'ils (n')accordèrent auparavant.

 

Une réalisation quasi-amateure rendait l'objet d'autant plus malsain. La scène-pilier, capitale et décisive du film n'étant d'ailleurs autre que celle du viol de l'une des deux jeunes filles que les-dits affreux malmenaient à leur bon vouloir. Ultime calvaire pour le spectateur avant un retour de bâton moralement douteux et ambigu.

 

Craven, au-delà de l'aspect quasi snuff de son œuvre, en abordant de façon biaisée la question houleuse de l'auto-défense et alors que ''sa'' nation prenait connaissance de son échec au Viet-Nam en apprenant qu'elle y perdait la tête de ses enfants ainsi que son idéal, se trouvait forcément dans une position qui en faisait un provocateur et un manipulateur irrécupérable [eh oui, papy Haneke n'a fait que repasser par là en récupérant les restes des autres pour se faire une espèce de cadeau de soi à soi ; on ne le répétera jamais assez, aussi toujours saisir l'occasion !].


 

 

last_house_2Évidemment, l'idée du remake d'un film aussi perturbant et mal-intentionné en 2009 pouvait laisser présager la crainte de se retrouver devant un produit aseptisé, apportant des conclusions définitives et politiquement correctes -mais pas moins douteuses- à un telle audace. C'était sans compter sur le crédit apporté par le remake de La Colline, le fait que le vieux Craven tienne toujours les rênes et n'ait pas l'intention de les lâcher et enfin l'attribution du cinéaste grec Denis Illiadis à la réalisation, dont son précédent et premier film, Hardcore, avait prouvé en traitant de la prostitution dans son pays qu'il n'avait pas davantage froid aux yeux.

 

Pour un peu, cette nouvelle version redonnerait presque foi en les studios Hollywoodiens et leur capacité à transgresser les interdits et franchir le seuil de tolérance du spectateur lambda qui n'en demandait pas plus qu'un divertissement épuré, ''bien'' sanglant mais moral et ''second degré'', bref un slasher ''tranquille'' de plus. Au contraire, La Dernière Maison sur la Gauche est loin de faire honte à son remake, réaffirmant une volonté de toucher à l'horreur ''véritable'' donc viscérale, inconfortable et s'offrant à la remise en question.

 

Et justement, contrairement à l'original, cette nouvelle mouture s'appuie sur l'épure, évite de biaiser, tout en réduisant à une plus simple expression la scène la plus "extrême", celle du viol. Bien qu'on puisse en douter en tout début, les aspects un peu opportuns du scénario du matériau original ont disparu. Surtout, le film d'Illiadis n'atténue pas non plus comme l'original essayait de la faire par petites touches, peut-être malvenues, dérisoires voir dérangeantes dans leur intention d'apaiser pour quelque instants.



C'est dans un cadre de teen-movie sophistiqué que l'horreur opère son incursion. Fraichement débarquée dans la demeure de feu son frère, Mari Collingwood laissent ses parents, Emma et John, passer la soirée seule pour retrouver son amie Paige. Elles croisent la route de Justin et se laissent aller avec lui à ce que la morale considéra comme des ''erreurs de jeunesse'' -fumer un joint en est tout naturellement une-, erreurs qu'on sait souvent condamnées dans les films d'horreur, ou tout au moins jamais gratuites ; une façon de composer avec cette morale tout en mettant en relief une perte d'innocence ou l'échec d'un cadre idyllique et merveilleux, ou cette horreur joue le rôle d'un certain principe de réalité ou de déplaisir.

 

last_house_3Atone, dénué de charisme, l'insipide et modulable Justin est comme l'appât des bourreaux des deux jeunes filles ; c'est chez lui que surgiront les trois beaufs tortionnaires qui servent au jeune homme de famille. Ces trois gueules ne débarquent pas avec les stigmates de la dégénérescence imagée via leur morphologie par l'original, mais assumeront avec jubilation leur qualité de bourreaux physiques et psychologiques.

 

Devant eux, Justin restera observateur contraint. Bien que  mal à l'aise [plutôt que troublé] devant ce spectacle désagréable qu'il ne cautionne pas, il demeure dans une passivité confondante. Et s'il refusera de participer [en s'acharnant sur les ''restes'' offerts et implorants] lorsqu'on l'y incitera, c'est peut-être davantage car il est tétanisé [et entretenu dans cet état par ses ''maîtres-référents'' ; et par lui-même pour esquiver toute responsabilité et faire mentir une éventuelle culpabilité] que par affront ou élan pédagogique.

 

Plus tard, rejetant ses aînés, ne se contentant plus de se réfugier dans une vague plainte et dans une rassurante inactivité, il contribuera à la revanche des parents d'une des jeunes filles par sa mince mais décisive collaboration. En d'autres terme, le comprendre c'est bien, mais le choisir lorsque le camp de la justice est en passe de prendre l'avantage, c'est doublement confortable [les hôtes des bourreaux de leur fille -bénéficiant de leur hospitalité après un accident provoqué par cette dernière- réalisent à qui ils ont à faire : eux en face se contentent d'être polis].


 

 

last_house_4Illiadis laisse traîner un recours : à la vue d'armes potentielles, les parents deviendront tortionnaires sans plus hésiter. Soulagement. Il suffit ainsi de tenter le public [et les personnages dans lesquels il se projette], de lui soumettre implicitement l'idée, de la lui suggérer avec un ton faussement neutre, détaché, quasi ''objectif'' [civique ?] pour que celui-ci se précipite sur cette solution de facilité et d'évidence exemplaire. C'est tellement ouvertement démago qu'on recevra cela soit comme un revers de manche euphorisant, soit comme une réponse malsaine à notre indignation.

 

Cette récompense nauséeuse joue ainsi avec notre degré d'empathie pour les victimes [lorsqu'ils massacrent à leur tour, en proie à des débats éthiques ou pas, le vague désir de se sentir ''avec eux'' pour leur revanche -pas explicitement ''complices''- ne peut nous être absent]. The Last House signale donc avec pugnacité l'étendue subversive de ces ressorts d'une manipulation difficile à consentir, mais qui, présentant un contexte dans toute l'évidence de sa monstruosité, nous impose des conclusions qu'on ne peut au mieux que nuancer ; et nous en remet alors à nos choix. Doit-on accepter de justifier cette tentation, est-ce valider l'omnipotence d'un cercle de haine qui tente de nous happer ?

 

Moins subtil que La Colline a des Yeux, moins carré et plus incisif qu'Eden Lake, ce poignant remake diffuse une tension rarement atteinte. En abordant de front la raison qui a mené au constat de douloureux échec, l'expérience s'achève sur l'affirmation d'une innocence perdue, dont on peaufine la mise en bière pour essayer non pas de la retrouver, mais de l'assumer au mieux. Vous ne manquerez pas d'en sortir les tripes au bord des lèvres et le coeur déchiré si seulement vous n'étiez pas venus vous repaître d'une bravache portion de cinéma gore.

 

 

last_house_afficheThe Last House on the Left (remake-2009) *** Acteurs*** Scénario*** Dialogues*** Audace**** Originalité*** Visuel*** Musique***

Notoriété>19.000 votes sur IMDB ; 1.000 notes sur allociné

Votes public>6.7 sur IMDB (légère tendance F) ; USA : 5.7 (metacritic) ; France : 6.5 (allociné)

Critiques presse>USA : 4.2 (metacritic) ; France : 6.5 (allociné) ; UK : 4.5 (screenrush)