New PS - Sympathy for the Grotesque

16 décembre 2011

ALIEN, LA RESURRECTION *** (ALIEN 4)

alien42ig54sur5  Puisque le film de Fincher achevait en apothéose la plus fameuse mythologie de la SF, c'est probablement à des caprices de studios qu'est due l'existence de ce quatrième opus de la saga ''Alien''. Le programme est faste et musclé, à la fois dans la lignée des envolées quasi mystiques d'Alien 3 [pour preuve, ce scénario misant sur un improbable retour à la vie de Ripley, clonée avec son bébé deux cent ans après les événements connus] et relativement proche d'Aliens le retour dans sa pétaradante chasse aux monstres.

 

Le projet a cette fois été confié à Jean-Pierre Jeunet, or celui des 90's était un auteur remarqué et remarquable ; les producteurs de la franchise importent ainsi un génie graphique éprouvé sur La Cité des Enfants Perdus et Delicatessen. Paradoxalement, la rencontre de la ''french touch'' et des contraintes du blockbuster américain crée un équilibre parfait [assuré par Marc Caro autrefois], évitant à Jeunet de sombrer dans l'imagerie d'Epinal comme ce sera le cas plus tard. Le réalisateur n'est cependant pas tant cadenassé, Alien 4 revendiquant un réel décalage vis-à-vis de ses prédécesseurs. Les libertés prises avec l'édifice abordé, l'opportunisme [ces trucs ''trop gros'' mais qu'on laisse passer, tout heureux d'être gratifiés d'un spectacle aussi généreux et chevaleresque] voir les facéties de l'esprit général, confinent à un ''second degré'' inconnu de la saga [sauf, à la rigueur, Aliens 2...].

 

ALIEN_4_aquaA la limite de la farce, Alien resurrection ne se contente pas d'afficher crânement sa décomplexion, mais vise manifestement l'éblouissante conclusion. Il n'y a pas ici l'ambition qui émanait d'Alien 3, Jeunet préférant manifestement l'accomplissement par la conciliation au cahier des charges [qui accabla tant Fincher]. Stylistiquement, le film n'a donc rien à lui envier et surtout le scénario y est impeccable, intense et fluide car sans trouées, sans zones de floues. Jeunet atteint des sommets formels ; jamais les créatures n'auront été si abouties esthétiquement parlant et surtout le film est bardé de gimmicks cultes, comme cette impressionnante et tendue séquence aquatique ou l'étrange antre accueillant la réunion de famille [somptueuse vision de la chrysalide].

 

ALIEN_4_0Le personnage d'Ellen Ripley est premier bénéficiaire de cette propension à l'esbroufe. A l'inverse de ses camarades globalement peu ambivalents, simples caricatures étoffées, la reine-mère subjuguée par son croisement en GI Joe/athlète fatale conserve non seulement une autorité auprès des aliens, mais aussi sur la ''mythologie'', puisqu'elle est la seule à l'observer avec un regard absolument emphatique [sa relation à l'alien est la seule parcelle ou l'émotion rivalise, quitte à prendre de l'avance sur le spectaculaire].

 

De l'entertainment de haut-vol jouissant d'un soin inoui et surtout du talent et de la grâce qui manquaient à Aliens le retour, ce ventre mou à la fade virtuosité. Les deux cross-over impliquant les codes du Predator ne garderont d'ailleurs que cet esprit récréatif commun aux deux des plus ''bankable'' et ''américains'' des épisodes de la quadrilogie. Mais c'est une autre histoire puisqu'il n'y aura, pour de vrai cette fois, plus que des techniciens à s'y atteler.

 

 

alien_4_afficheAlien resurrection*** (8-/10)  Acteurs***-* Scénario*** Dialogues**-* Originalité*** Esthétique**** Ambition*** Audace*** Emotion***

 

Notoriété>65.000 sur IMDB ; 7.000 sur allociné

Votes public>6.1 sur IMDB (légère tendance non-US) ; USA : 6.2 (metacritic) ; France : 7.0 (allociné)

Critiques presse>USA : 6.3 (metacritic)

Note globale = 6+ (3/5)

 

Saga Alien sur PS.... Alien le huitième passager + Aliens le retour + Alien 3 + Alien vs Predator

Jean-Pierre Jeunet sur PS.... La Cité des Enfants Perdus + Delicatessen + Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain + Micmacs à tire-larigot

Suggestions.... The Cell + Hellraiser IV, Bloodline + La Mutante


09 décembre 2011

8MM HUIT MILLIMETRES ***

8_MM_24sur5 On a toutes les raisons d'aller à reculons vers 8 mm. On redoute vers quelles eaux troubles ce film nous engagera et la peur éprouvée est notamment celle de la forme qu'empruntera la réponse éthique au sujet abordé. Avec Joe Schumacher, ce vieux réac prêt à tout pour valider votre Droit de tuer, elle pourrait bien être aussi glauque et inacceptable que ce qu'elle épingle, ou à défaut subtilise simplement. Surtout que manifestement et à l'instar du héros de son film, Schumacher a dégotée la grosse affaire.

 

Huit millimètres met en scène un détective privé incarné par Nicolas Cage chargé d'attester -ou pas- de la véracité d'une vidéo qu'une veuve a découvert dans le coffre de son défunt époux. Sur celle-ci, filmée dans des conditions rustiques, les sévices d'une jeune femme : viol puis meurtre. Si les sévices étaient réels, il s'agirait d'un snuff-movie, mais ce dernier est généralement tenu pour une légende urbaine : tout ne serait que mise en scène et il n'y aurait pas de snuffs ''authentiques''. Ou alors, dans quelle sphère ?

 

Qu'une telle thématique ait pu atterrir sur les écrans de ''mr-tout-le-monde'' étonne, que le film ait été rejeté en bloc par la critique et sans doute l'intelligencia de façon générale, beaucoup moins.  Pourtant Schumacher est loin de délivrer un produit racoleur, loin aussi de tout mélanger [contrairement à une large frange de ses détracteurs dont les arguments se contredisent, en particulier autour de la dualité ''voyeurisme/complaisance'' et ''idéologie fasciste'']. Il y a dans 8 mm et comme toujours chez Schumacher, ce mépris pour les ''ordures'' de la société [l'ex de la victime, en prison au moment de l'enquête de Tom Welles/N.Cage] en même temps qu'une compassion pour la misère humaine [la mère de Janett] qui permettent le doute. Mais le regard de Schumacher n'est en rien condescendant ou sentencieux envers les rebuts, les marginaux. Schumacher cherche même à instaurer la sympathie pour certains de ceux-là, faisant d'un petit vendeur de sexe le collaborateur du détective. Lorsque Tom Welles arpente les braderies du hard dans le but de joindre le marché du snuff, les pervers notoires réagissent brutalement à ses demandes obscures. De même, nous ne sommes plus dans le domaine de l'art SM ou d'un porno radical : Schumacher normalise presque la ''déviance'' en la séparant clairement du snuff.

 

8MM_1Néanmoins ici tout est noirceur et le scénariste de Seven ne trahit pas sa réputation. Mais sa mécanique est épurée. Pas de rebondissements inutiles [la famille de Welles ne sera pas prise en otage, son compagnon ne retournera pas sa veste], pas de ces astuces esbroufeuses que nombre de thriller US à sensation, bien que plus passe-partout, n'auraient pas hésité à user. Pas de twist sauvage non plus. Il y a une surenchère dans le glauque, il y a aussi ces images hyper-réalistes suggérant les snuffs, recours que Schumacher aurait pu esquiver totalement. Mais si l'enfer est sophistiqué à l'excès [Schumacher s'abandonne totalement à son film], le traitement de la violence n'est en rien esthétisant. Le grand-guignol, s'il y est, ne relève pas de l'exotisme. 8 mm est une autopsie, un voyage au bout de l'horreur. Pour de vrai.

 

Ca n'a rien de démagogue. Personne n'en sort vainqueur, personne ne trouve grâce à nos yeux [à l'exception de ''l'allié'' de Cage] : 8 mm a surtout le ''bon goût'' de garder ses distances avec le personnage principal [malgré qu'il présente sa famille comme son seul refuge, mais là encore, cette ''grande erreur'' n'en est pas tant une, puisque celle-ci est malmenée par le héros]. Schumacher ne permet pas qu'on s'y attache sereinement et à cet endroit, toutes les accusations de complaisance s'effondrent. Tom Welles, lorsqu'il s'enquiert de venger la victime torturée huit ans plus tôt, démontre clairement qu'il cherche à justifier des pulsions qu'il ne peut plus contenir, parce qu'elles crispent ses limites morales, sa résistance à l'abject. Le moyen par lequel il se cautionne [il réclame une autorisation] n'était pas indispensable. Schumacher a refusé le leurre, et peu vont au bout de la souffrance, peu remuent les plaies jusqu'à ne laisser aucun doute : les méchants sont atroces, c'est vrai, Welles aussi est monstrueux. Ce pessimisme, proche d'une négation de la théorie de la ''nature humaine'', ne permet aucun double discours.

 

Tout manichéisme est balayé. Il n'est laissé aux tueurs aucune possibilité de rachat ; persuadés que le meurtre organisé est le crime suprême, Schumacher et son scénariste considèrent probablement qu'il s'agit d'un stade ou plus rien n'est à juger ou à excuser. Mais cela n'occulte pas la nuance et la façade humaine de ces personnages : ils ont ce que la dite humanité contient de plus terrible en elle, ils sont aussi des sujets sinon d'une banalité déplorable, aux atours et aux vérités triviales [l'exemple, démonstratif certes, de Machine]. Ces deux notions s'enlacent. 8 mm grignote peut-être des frontières éthiques [mais c'est à revoir, à mesurer], peut-être que ce qu'il montre devrait davantage être tenu en laisse. Il regarde l'Homme sans allégeance et cette posture est la plus intègre qui soit.

 





8_MM_AFFICHE8MM*** Acteurs*** Scénario*** Dialogues*** Originalité*** Ambition*** Audace*** Esthétique*** Emotion*** Musique***

Notoriété>50.000 sur IMDB ; 2.500 sur allociné

Votes public>6.3 sur IMDB (tendance non-US ; légère 18-29) ; USA : 6.0 (metacritic) ; France : 6.5 (allociné)

Critiques presse>USA : 1.9 (metacritic – moy.pondérée – pire f.de Schumacher) ; France : 3.0 (allociné)

Note globale = 5 (2/5)

 

Joel Schumacher sur PS.... Le Fantôme de l'Opéra + Phone Game + L'Expérience Interdite + Le Client + Batman Forever (B3) + Bad Company + Batman&Robin (B4) + Le Droit de Tuer ?

Nicolas Cage sur PS....   Sailor & Lula + Les Associés + Kick-Ass + Family Man

06 décembre 2011

TOOLBOX MURDERS ** (** parce que je suis gentil et que ça rend mon article encore plus condescendant)

toolbox_murder_12sur5 Annoncé par ses fans comme le grand retour de Tobe Hooper vers la qualité, considéré comme le métrage qui l'aurait sorti de l'oubli et son meilleur film depuis ses deux classiques [Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist], Toolbox Murder permet d'être fixé : il manque définitivement aux fabrications de Hooper l'ampleur qui ferait de leur auteur un cinéaste. Ses produits à la linéarité coupable attestent, au mieux, d'aptitudes de bon faiseur parfaitement anecdotique.

 

Remake dont le modèle se traîne une réputation pitoyable et n'a en rien marqué les cinéphages accrocs du genre, Toolbox Murder n'est pas excessivement médiocre, c'est même une gentille série B, un peu plus sophistiquée et maîtrisée que la moyenne. Mais en aucun cas un tel métrage, juste ''regardable'', ne laisse deviner l'ombre d'un mythe. Le pitsch est sans intérêt et on voit que l'écriture, pour Hooper, n'est qu'une besogne à accomplir : les dialogues sont niais, les personnages pas mieux, ce ne sont que des coquilles vides typées au burin dont les déambulations outrées [le concierge attardé, la fille d'en face émigrée de Babe 2, le délinquant d'à côté : le petit théâtres des tarés qu'on vous dit] sont censés donner une touche ''strange'' à l'étage maudit ou Angela Bettis [l'inoubliable May du film éponyme] se sent prise au piège. Aussi mal servie que les autres, son personnage, qu'elle assume admirablement soit dit en passant, a ce petit côté Marina Fois (refoulée) du macabre qui crée un décalage sympathique.

 

L'avalanche de petits mystères, de sinistres phrases en l'air et prédictions bidons n'est pas ce qui fait de Toolbox Murder un film à peu près potable ; l'éventuel pouvoir d'attraction du film repose entièrement sur l'ambiance. Pas de génie là non plus, mais suffisamment de matière pour susciter un certain plaisir d'esthète : Hooper en fait des tonnes avec le contexte claustro et ça marche, l'univers qu'il nous présente, à force d'esquiver de façon globale la lumière du jour [au sens propre – mais ou sont passées les fenêtres ?], possède un charme indéniable.

 

Saignante et banale, la seconde partie apporte son lot de révélations attendues, absolument mal foutues, mais l'investissement d'Angela Bettis, l'incongruité assez cheap de l'antre du tueur et le rentre-dedans général, haut-en-couleur quoiqu'absolument désuet, permettent à Toolbox d'esquiver les méandres derrickiennes. Tout ça est sympathique, généreux parce que démonstratif et en même temps terriblement modeste à cause de sa condition. Mais au fond, c'est assurément ce que Tobe Hooper, sans coup de pouce d'institutions supérieures [l'inconscient collectif ou Spielberg], peut faire de mieux. Un bidule bien fagôté pour une dernière partie de soirée, se contemplant avec un plaisir aléatoire et une absence globale de frémissement.

The Toolbox Murders**  Acteurs** Scénario* Dialogues* Originalité* Ambition** Audace** Esthétique** Emotion**

 

Notoriété>4.000 sur IMDB ; 50 sur allociné

Votes public>5.5 sur IMDB (légère tendance US) ; France : 3.7 (allociné)

 

Tobe Hooper sur PS.....  Massacre à la tronçonneuse + Poltergeist

Angela Bettis sur PS.....  May

 

 

04 décembre 2011

FAMILY MAN

family_man_10sur5   Soyons clairs, que le compteur soit au point mort pour Family Man, il y avait de quoi s'en douter à la vue de son pitsch : un malheureux ayant écouté ses ambitions a oublié la famille et l'éventualité de connaître les bonheurs de la vie simple. On connaît le refrain. Les couplets seront sans surprise.

 

Réalisateur de la trilogie Rush Hour, dont il venait de signer le premier opus avant de mettre en boîte Family Man, Brett Ratner est un réalisateur éclectique. Dans son cas cela signifie qu'il met sa virtuosité au service de daubes qui ne se ressemblent pas, parce qu'elles se rattachent à des genres différents, voir antagoniques. Il s'est ainsi fabriqué un CV très cohérent : tous ses films se répondent parce qu'ils sont laborieux ou sans ambitions chacun dans leur domaine. Dragon Rouge sera la seule exception à la règle, au résultat assez contradictoire, puisque c'est justement parce que Ratner ne s'approprie pas le mythe d'Hannibal Lecter que celui-ci se permet de défiler tranquillement à l'écran ; le prologue trouve un écrin classique qui ne se mêle jamais d'investir son sujet, laissant ce dernier libre de ses mouvements.

 

FAMILY_MAN_2Un yes-man qui s'incline devant les impératifs qu'on lui confie ; pas de sa faute, donc, lui n'est là que pour appliquer. L'idée de Family Man repose sur le principe du ''et si'', hérité de La Vie est Belle de Frank Capra, classique absolu aux USA, culturellement (presque ?) aussi important que Le Magicien d'Oz. Le script du film de Capra a inspiré beaucoup de versions sirupeuses, consensuelles [tout récemment, Shrek 4] et pourquoi pas, allègrement réac. C'est le cas ici ; comme on le devine rapidement, ce n'est plus que du bonus, on s'amuse à repérer les outrages conservateurs, les séquences les plus limites, etc. [un peu comme devant Ce que veulent les femmes, hallucinante démonstration de mysognie].

 

Le soir de Noël, Jack Campbell [Nicolas Cage, look passe-partout pour une fois] perd connaissance et passe dans une autre dimension. Il se retrouve père de famille et marié à Kate, qu'il aurait du il y a une quinzaine d'années rejoindre après son voyage à Londres. Mais la vie en décide autrement, n'est-ce-pas, et Jack est resté à Londres plus d'un an, devenu depuis directeur d'un cabinet de conseil en affaires à Wall Street. Comme il en a de la chance : aujourd'hui, grâce à un ange gardien black, Jack a les cartes en mains pour éviter de devenir un personnage respectable et solitaire. Dans cet univers ou il n'est jamais parti pour Londres, il est vendeur de pneus, ses amis sont des gentils gars de la campagne et sa garde-robe c'est du 100% gros pull à laine agrémenté de motifs particulièrement élaborés, du genre sapin de Noël, paysages bucoliques en 1D etc.

 

FAMILY_MAN_3Pendant un long moment, Nicolas Cage est notre balise de secours [couplé à notre curiosité de le voir se démener aux côtés de Téa Leoni dans un cadre si répugnant]. Son regard cynique sur la réalité nouvelle qu'il subit maintient encore une distance avec celle-ci. Il finira bien sûr par céder à la mélancolie pour cette vie ratée qui lui apparaît bientôt attendrissante [assumant alors son impuissance effective dans le contexte de ''la petite vie'']. Le film ne rate rien : on se moque des gens de Wall Street, des urbains, prétentieux et vains, nus sans leurs habitudes ''péteuses'' [genre : Jack veut s'acheter un costume : non, chéri, prends-toi plutôt un morceau de chouquette, ça coûte pas cher, mais ça, c'est un VRAI moyen de te mettre le coeur en fête !]. En substance, des incapables sitôt qu'ils seraient en-dehors de leur élément.

 

Bref, de l'avenir faisons table rase. Au-delà de la nullité du programme, tout est d'une platitude incroyable et rien ni personne ne vient signaler à Ratner qu'il serait intéressant de dépasser la simple idée du postulat de départ. Un moment caustique, un seul, lorsque Jack Campbell dresse le portrait de ses anciens confrères, ou plutôt de ses confrères du monde parallèle. Caustique sur le papier, bien sûr, ou dans le principe. Pour le reste, c'est juste une comédie drama-fantastique atteignant des sommets de mièvrerie complaisante. Humour familial rase-motte et écoeurant, limite malsain ; comment supporter la vision d'un film cherchant à vous divertir avec un gros-plan sur le sexe-rigolo d'un bébé urinant en l'air (et accessoirement tout près du visage de son père), tout en évacuant avec l'empressement d'une vierge offensée l'idée de l'adultère (incarnée comme une véritable perversion par une esthéticienne de ''mauvais goût'' – une débauchée, une femme ''qui cherche'', c'est ça non ?).

 

FAMILY_MAN_4Il aurait été absurde d'attendre de voir ici l'ombre d'un Spike Jonze, mais de là à ne rien exploiter du potentiel énorme qui s'offre au film, il y a un monde. Ce fossé est indéniablement creusé par des exigences qu'on ne saurait nommer. Qui a écrit ce ''truc'' ? Une ménagère icônisant Sarah Palin ? Est-ce un plouc aux manettes ?

 

Au fond (et il n'y a pas besoin d'allez chercher loin), ce film méprise profondément ''ses sujets''. Family Man, c'est Hollywood qui vous dit qu'elle vous aime comme vous êtes, que c'est pas grave, et que c'est même très bien pour tout le monde que vous demeuriez au stade ou vous en êtes. C'est faire croire aux foules qu'elles ont tout pour être heureuses alors qu'elles n'ont que le minimum [alors qu'on sait que si elles s'en satisfont, c'est soit pour de faux -une posture sociale, soit parce qu'elles ne connaissent rien d'autre -un manque, social].

 

Le film esquive le pire au bout de ses deux-tiers pour se tourner vers une histoire d'amour plus neutre. Il s'agit alors de tenter de rattraper un amour qui pendant quinze ans s'est oublié [au péril, encore, de la réussite]. Le film ne prêche alors le bonheur du foyer qu'en sourdine ; le bonheur n'est pas seulement au foyer, il est aussi dans l'amour. On a vu ça mille fois, c'est asséné avec une finesse de bulldozer [l'aéroport lieu de tous les sévices oratoires]. C'est un peu mieux (ou moins pire, plus ordinaire et plus ''normalisant'' en somme). Mais pourquoi faut-il forcément accepter une vie modeste, le sacrifice de ses rêves et un taux d'épanouissement à zéro par amour [et pour le désir, toujours explicité, de fonder une famille, etc. -les fioritures autour-] ? Pourquoi, lorsque Jack tente de retrouver Wall Street par la petite porte et [SPOILER] lorsqu'il le retrouve concrètement, doit-il renoncer à ses ambitions par amour ? L'amour, c'est se vider pour l'autre ? C'est tout abandonner de ce qui fait ce qu'on ''est'' ; et s'offrir ainsi, comme une copie blanche docile et soumise ?

 



 

family_man_afficheFamily Man°  Acteurs*** Scénario* Dialogues** Originalité° Ambition° Audace° Esthétique° Emotion° Musique°

 

Notoriété>35.000 sur IMDB ; 1.500 sur allociné

Votes public>6.6 sur IMDB ; USA : 6.5 (metacritic) ; France : 7.3 (allociné)

Critiques presse>USA : 4.2 (metacritic) ; France : 4.5 (allociné)

Note globale = 6 (3/5)

 

USA, deux pieds chez les bouseux, le coeur et la tête à droite sur PS.... La Proposition + Ce que veulent les femmes

Brett Ratner sur PS.....  Scarface-1984 + Dragon Rouge

Nicolas Cage sur PS...   Sailor & Lula + Kick-Ass

Téa Leoni sur PS....    Deep Impact

Aéroport sur PS.....   In the Air

Noel sur PS..... Tokyo Godfather + Joyeux Noel

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25 novembre 2011

TERMINATOR 2, LE JUGEMENT DERNIER *

1sur5 Le premier ''véritable'' film de Cameron, Terminator, est une oeuvre précurseuse et post-moderne au sens littéral, puisqu'à la lisière d'une imagerie un peu repliée sur son époque et de tout ce qui se fera dans la décennie à suivre. Si on ne connaissait de lui que ce joli coup, on estimerait qu'il y aurait eu beaucoup à miser sur ce probable énergumène. Puis le succès fera de Cameron le roi des gros budgets : Titanic sera un sommet historique avant qu'Avatar ne lui permette d'écraser son propre record. Entre-temps, James avait encore plus d'un tour dans son sac pour faire parler de lui : la ressortie en 3D de Terminator 2, finalement avortée, aurait marqué un nouveau record dépassant celui de Titanic en comptant les nouveaux investissements, alors que pour anecdote, T2 fut déjà le premier métrage à dépasser les 100 millions de $ de budget.

 

Voilà donc qu'en 1991, une petite équipe de bissoteux de première classe se retrouve sept ans après, avec la grosse tête et des gros moyens. Aujourd'hui, Terminator 2 est toujours considéré comme un film culte parmi les films cultes et accessoirement comme le meilleur opus de la saga, laquelle en compte quatre à ce jour. Vingt ans plus tard, sa vision pourrait cependant s'avérer fatale pour quelques petits curieux. Le film doit beaucoup de son succès global et notamment d'estime à la qualité de son animation. Il est techniquement irréprochable, au point qu'il aurait pu a-priori sortir la semaine dernière qu'on y verrait que du feu sur ce seul registre.

 

Le scénario est sensiblement le même, décalé de quelques années. C'est l'occasion de découvrir John Connor, petit caid de 10 ans en famille d'accueil, dont la mère Sarah est désormais internée et sous haute surveillance. Là-dessus Cameron joue cash : les enjeux ont été posés dans Terminator premier du nom avec ses concepts alambiqués, inutile de revenir dessus. La fin du Monde approche, toujours déterminée à intervenir en 1997, mais elle est relative, puisqu'elle laissera des survivants occupés à affronter une civilisation de machines. Mais de fait, aucun progrès dans la ''mythologie'', aucune nouveauté et surtout un film atrocement vide, dont la forme éblouissante ne masque pas longtemps la pauvreté et la platitude narrative.

 

Ce qui gêne dans Terminator 2, c'est à quel point il est l'exacte réplique-miroir de son prédécesseur, c'est-à-dire une copie carbone vidée de toute substance un tant soit peu ''offensive'', en d'autres terme de toute noirceur. A une honnête référence succède ainsi sa version soupe ''colossale''. L'opportunisme de T2 n'est que bas et veule, il ne consiste qu'en lobotomisations et inversions : toute la démarche tient à remettre les points sur les ''i'' façon hyper-mainstream.

 

L'emploi de Schwarzenegger en est le premier exemple : l'avatar le plus édifiant de Terminator a étrangement retourné sa veste [il s'humanise quitte à entrer en contradiction vis-à-vis de ses données]. Comme il est cool, comme il est gentil maintenant : c'est lui cette fois qui vient défendre John et assurer son avenir. D'abord livré comme un jouet un peu dangereux le compagnon-protecteur se mue vite, on l'aura compris, en père que John n'aura pas eux [culturiste et autiste, pas formidable la figure paternelle...].

 

Figure au burlesque jusque-là encore timide, Terminator opère un retour destroy s'annonçant des plus réjouissants. Le climax, c'est THE scène de l'arrivée ou Schwarzy s'en prend à un biker avant d'enfourcher la prunelle de ses yeux sur Bad to the Bone. Mais on déchante vite, puisque cet homme à la moto se réclame bientôt bourrin pacifiste [tuer=pas bien ; cogner=content] et se voit coolisé par le gamin. En outre, il lui apprend quelques ''reste cool, sac à merde'' ou ''hasta la vista baby'', des classiques instantanés. Terminator 2, avec son héros au look bad guy, son apologie du style hardos-coolos/hardos-bolos, fait doucement rire de lui-même.

 

Ce n'est pas particulièrement volontaire. Ca ne l'est même pas du tout. Le film est plus ou moins égal au schéma d'Aliens le retour : un bon démarrage, pas très stimulant, mais disséminant de quoi se bercer de quelques modestes illusions ; cela dure près d'une heure. Intervient alors une scène monumentale, celle de l'évasion, d'une virtuosité monstrueuse. Puis c'est la pente descendante et chacune des tares qu'on aura pu apercevoir se développe jusqu'à dévorer totalement l'écran. De braves gens bavardent en préparant leurs flingues et font passer Il faut sauver le soldat Ryan pour du Nietzsche, Sarah se la joue borderline bon marché et s'embarque dans des soliloques à la bêtise absolue... surtout, le film bascule dans la niaiserie totale, franchissant tous les points de non-retour.

 

Cet élan emmène tout avec lui, bafouant aussi toute cohérence, notamment lorsque John confie à son nouveau pote ''y a des fois je vois ma mère pleurer'', celle-ci aimant toujours son père qu'elle n'a connu qu'une nuit. Problème, ils viennent seulement de se retrouver, Sarah redécouvre à peine la liberté. A force de vouloir susciter l'empathie sans retenue, Cameron contredit tout ce qu'il a crée auparavant. On aura pu relever quelque entorse aux règles des métamorphoses du poursuivant des Connor, le T-800, mais elle était le prétexte à une sympathique idée graphique [le flic face à son double]. Ici l'incohérence concerne le scénario et le monde de Terminator : on nage en pleine débilité [voir l'issue qui s'offre au T-1000].

 

La version longue du film (2h36 au lieu des 2h11 de la version cinéma) ne lui rend pas vraiment justice puisqu'elle est assez contradictoire. Si elle l'enfonce encore plus dans son humanisme niaiseux et sa solennité crétine, elle dévoile aussi quelques séquences bien plus osées et intéressantes. Chacune d'entre elles concerne Sarah dans le contexte de l'hôpital psychiatrique, or le meilleur du film sans même la director's cut est contenu dans cette partie. Le charisme de l'actrice et du personnage font des merveilles, le raffinement de cette photo aux tons bleutés suit. C'est à ces seuls moments que la tension est palpable et ce sont ceux-là qui préparent le terrain pour rendre l'évasion si redoutable. Nous découvrons ainsi entre-temps l'un de ses rêves et le traitement de faveur que lui réserve les gardiens. La saga y gagne un peu de cohérence, Sarah assoit son avantage sur tous ses fades camarades.

 

Terminator 2 est pour beaucoup un classique absolu, un bout de pellicule mythique et le vecteur du plus serein des stand-by. Pourtant, en reprenant l'univers de son prédécesseur pour le ripoliner sans retenue, ce spectacle, sans doute gargantuesque, jouissif diront ses nombreux fans, est surtout, à une HP près, un gâchis complet.

 

 

Terminator 2: Judgment Day* Acteurs**-* Scénario*-* Dialogues* Originalité* Ambition**** Audace* Esthétique** Emotion* Musique**

 

Notoriété>231.000 sur IMDB ; 12.600 sur allociné [records de la saga]

Votes public>8.5 sur IMDB (41e du top250 historique & tous genres confondus – sensible tendance masculine) ; France : 9.0 (allociné – 35e meilleur film de tous les temps) ; USA : 9.5 (metacritic) [records saga pour chacun]

Critiques presse>USA : 6.9 (metacritic – en baisse)

Note globale selon Cinemagora → 8.4 (record saga)

Saga Terminator sur PS.....  Terminator + Terminator 3, le soulèvement des Machines + Terminator 4

James Cameron sur PS.......   Abyss + Aliens le retour + Titanic + Terminator

Arnold Schwarzenegger sur PS...... Total Recall + Un flic à la maternelle

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