1sur5 Le premier ''véritable'' film de Cameron, Terminator, est une oeuvre précurseuse et post-moderne au sens littéral, puisqu'à la lisière d'une imagerie un peu repliée sur son époque et de tout ce qui se fera dans la décennie à suivre. Si on ne connaissait de lui que ce joli coup, on estimerait qu'il y aurait eu beaucoup à miser sur ce probable énergumène. Puis le succès fera de Cameron le roi des gros budgets : Titanic sera un sommet historique avant qu'Avatar ne lui permette d'écraser son propre record. Entre-temps, James avait encore plus d'un tour dans son sac pour faire parler de lui : la ressortie en 3D de Terminator 2, finalement avortée, aurait marqué un nouveau record dépassant celui de Titanic en comptant les nouveaux investissements, alors que pour anecdote, T2 fut déjà le premier métrage à dépasser les 100 millions de $ de budget.

 

Voilà donc qu'en 1991, une petite équipe de bissoteux de première classe se retrouve sept ans après, avec la grosse tête et des gros moyens. Aujourd'hui, Terminator 2 est toujours considéré comme un film culte parmi les films cultes et accessoirement comme le meilleur opus de la saga, laquelle en compte quatre à ce jour. Vingt ans plus tard, sa vision pourrait cependant s'avérer fatale pour quelques petits curieux. Le film doit beaucoup de son succès global et notamment d'estime à la qualité de son animation. Il est techniquement irréprochable, au point qu'il aurait pu a-priori sortir la semaine dernière qu'on y verrait que du feu sur ce seul registre.

 

Le scénario est sensiblement le même, décalé de quelques années. C'est l'occasion de découvrir John Connor, petit caid de 10 ans en famille d'accueil, dont la mère Sarah est désormais internée et sous haute surveillance. Là-dessus Cameron joue cash : les enjeux ont été posés dans Terminator premier du nom avec ses concepts alambiqués, inutile de revenir dessus. La fin du Monde approche, toujours déterminée à intervenir en 1997, mais elle est relative, puisqu'elle laissera des survivants occupés à affronter une civilisation de machines. Mais de fait, aucun progrès dans la ''mythologie'', aucune nouveauté et surtout un film atrocement vide, dont la forme éblouissante ne masque pas longtemps la pauvreté et la platitude narrative.

 

Ce qui gêne dans Terminator 2, c'est à quel point il est l'exacte réplique-miroir de son prédécesseur, c'est-à-dire une copie carbone vidée de toute substance un tant soit peu ''offensive'', en d'autres terme de toute noirceur. A une honnête référence succède ainsi sa version soupe ''colossale''. L'opportunisme de T2 n'est que bas et veule, il ne consiste qu'en lobotomisations et inversions : toute la démarche tient à remettre les points sur les ''i'' façon hyper-mainstream.

 

L'emploi de Schwarzenegger en est le premier exemple : l'avatar le plus édifiant de Terminator a étrangement retourné sa veste [il s'humanise quitte à entrer en contradiction vis-à-vis de ses données]. Comme il est cool, comme il est gentil maintenant : c'est lui cette fois qui vient défendre John et assurer son avenir. D'abord livré comme un jouet un peu dangereux le compagnon-protecteur se mue vite, on l'aura compris, en père que John n'aura pas eux [culturiste et autiste, pas formidable la figure paternelle...].

 

Figure au burlesque jusque-là encore timide, Terminator opère un retour destroy s'annonçant des plus réjouissants. Le climax, c'est THE scène de l'arrivée ou Schwarzy s'en prend à un biker avant d'enfourcher la prunelle de ses yeux sur Bad to the Bone. Mais on déchante vite, puisque cet homme à la moto se réclame bientôt bourrin pacifiste [tuer=pas bien ; cogner=content] et se voit coolisé par le gamin. En outre, il lui apprend quelques ''reste cool, sac à merde'' ou ''hasta la vista baby'', des classiques instantanés. Terminator 2, avec son héros au look bad guy, son apologie du style hardos-coolos/hardos-bolos, fait doucement rire de lui-même.

 

Ce n'est pas particulièrement volontaire. Ca ne l'est même pas du tout. Le film est plus ou moins égal au schéma d'Aliens le retour : un bon démarrage, pas très stimulant, mais disséminant de quoi se bercer de quelques modestes illusions ; cela dure près d'une heure. Intervient alors une scène monumentale, celle de l'évasion, d'une virtuosité monstrueuse. Puis c'est la pente descendante et chacune des tares qu'on aura pu apercevoir se développe jusqu'à dévorer totalement l'écran. De braves gens bavardent en préparant leurs flingues et font passer Il faut sauver le soldat Ryan pour du Nietzsche, Sarah se la joue borderline bon marché et s'embarque dans des soliloques à la bêtise absolue... surtout, le film bascule dans la niaiserie totale, franchissant tous les points de non-retour.

 

Cet élan emmène tout avec lui, bafouant aussi toute cohérence, notamment lorsque John confie à son nouveau pote ''y a des fois je vois ma mère pleurer'', celle-ci aimant toujours son père qu'elle n'a connu qu'une nuit. Problème, ils viennent seulement de se retrouver, Sarah redécouvre à peine la liberté. A force de vouloir susciter l'empathie sans retenue, Cameron contredit tout ce qu'il a crée auparavant. On aura pu relever quelque entorse aux règles des métamorphoses du poursuivant des Connor, le T-800, mais elle était le prétexte à une sympathique idée graphique [le flic face à son double]. Ici l'incohérence concerne le scénario et le monde de Terminator : on nage en pleine débilité [voir l'issue qui s'offre au T-1000].

 

La version longue du film (2h36 au lieu des 2h11 de la version cinéma) ne lui rend pas vraiment justice puisqu'elle est assez contradictoire. Si elle l'enfonce encore plus dans son humanisme niaiseux et sa solennité crétine, elle dévoile aussi quelques séquences bien plus osées et intéressantes. Chacune d'entre elles concerne Sarah dans le contexte de l'hôpital psychiatrique, or le meilleur du film sans même la director's cut est contenu dans cette partie. Le charisme de l'actrice et du personnage font des merveilles, le raffinement de cette photo aux tons bleutés suit. C'est à ces seuls moments que la tension est palpable et ce sont ceux-là qui préparent le terrain pour rendre l'évasion si redoutable. Nous découvrons ainsi entre-temps l'un de ses rêves et le traitement de faveur que lui réserve les gardiens. La saga y gagne un peu de cohérence, Sarah assoit son avantage sur tous ses fades camarades.

 

Terminator 2 est pour beaucoup un classique absolu, un bout de pellicule mythique et le vecteur du plus serein des stand-by. Pourtant, en reprenant l'univers de son prédécesseur pour le ripoliner sans retenue, ce spectacle, sans doute gargantuesque, jouissif diront ses nombreux fans, est surtout, à une HP près, un gâchis complet.

 

 

Terminator 2: Judgment Day* Acteurs**-* Scénario*-* Dialogues* Originalité* Ambition**** Audace* Esthétique** Emotion* Musique**

 

Notoriété>231.000 sur IMDB ; 12.600 sur allociné [records de la saga]

Votes public>8.5 sur IMDB (41e du top250 historique & tous genres confondus – sensible tendance masculine) ; France : 9.0 (allociné – 35e meilleur film de tous les temps) ; USA : 9.5 (metacritic) [records saga pour chacun]

Critiques presse>USA : 6.9 (metacritic – en baisse)

Note globale selon Cinemagora → 8.4 (record saga)

Saga Terminator sur PS.....  Terminator + Terminator 3, le soulèvement des Machines + Terminator 4

James Cameron sur PS.......   Abyss + Aliens le retour + Titanic + Terminator

Arnold Schwarzenegger sur PS...... Total Recall + Un flic à la maternelle