grease_12sur5 Surfant sur le succès de l'American Graffiti de Georges Lucas et de la série Happy Days, Grease, pour un peu qu'on ignore son statut de film-culte, apparaît facilement comme une expérience jetable aux yeux du spectateur d'aujourd'hui, tant sa démarche a depuis sa sortie (en 1978) largement eu le temps d'user les écrans. Les nostalgiques prétendront que c'est charmant, les autres n'y verront qu'un océan de ringardise. Le film se déroule dans un contexte de 50's libérées et en cela est d'une ironie terrible : ce n'est bien sûr qu'un gros loukoum apprivoisé, tout juste enclin à la saillie graveleuse pour ébouriffer le public fraîchement pubère.

 

Ouvertement parodique, Grease est léger, sans conséquences, optimiste et pétaradant. Plus dynamique que le confrère La Fièvre du Samedi soir, il est aussi moins creux, puisque plutôt que de se tromper d'ambitions pour céder à un premier degré complaisant mais ras-du-bitume, le réservoir de visions flatteuses ne se soucie jamais de ressembler à son époque. En quelque sorte, cette récréation démonstrative se donnant à voir dans son hystérie, prône le stand-by et anticipe la déferlante du cinéma pop-corn annoncée par les premiers blockbusters [Les Dents de la Mer, à l'affiche trois ans plus tôt, sera identifié comme l'un des ''pionniers''].

 

Le film se soucie moins d'inventer que de recréer par le prisme 50's & teen dont il délivre une vision idéalisée et consensuelle : chorégraphies hautes-en-couleur, clichés détournés, c'est un clip criard de près de deux heures. La B.O. surtout est une vraie mise au point de la culture populaire américaine de l'après-guerre : les hauts et les bas, à peu près toutes les modes auxquelles les foules auront succombé pendant ce laps de temps y est condensé [rythm'n'blues, disco, pop, rock and roll et boogie-woogie : pas de la bouillie, juste de la compote]. Mais les fulgurances de ce feu d'artifice ne sont plus qu'un lointain écho : ses interprètes sous caféine n'y peuvent rien, Grease amuse peut-être vaguement, mais c'est un milk-shake trop obséquieux, une carte postale qui aura toujours été vacante. Seule nuance : quels ados, quel public continuera à nourrir celle-ci en y projetant ses lubies ? Pas grave dans le fond, on le sait, ce genre de monument vintage est de la même manière voué à susciter une éternelle sympathie [teintée de condescendance ou de sincère complaisance ?].

 

 

grease_afficheGrease** Acteurs*** Scénario** Dialogues** Originalité** Ambition*** Audace** Esthétique** Emotion** Musique**

 

Notoriété>60.000 sur IMDB ; 5.500 sur allociné

Votes public>7.0 sur IMDB (très forte tendance féminine) ; France : 7.8 (allociné)

Critiques presse>UK : 6.7 (screenrush) ; USA : 7.0 (metacritic)

Note globale selon Cinemagora → 7.1 (3/5)