8_MM_24sur5 On a toutes les raisons d'aller à reculons vers 8 mm. On redoute vers quelles eaux troubles ce film nous engagera et la peur éprouvée est notamment celle de la forme qu'empruntera la réponse éthique au sujet abordé. Avec Joe Schumacher, ce vieux réac prêt à tout pour valider votre Droit de tuer, elle pourrait bien être aussi glauque et inacceptable que ce qu'elle épingle, ou à défaut subtilise simplement. Surtout que manifestement et à l'instar du héros de son film, Schumacher a dégotée la grosse affaire.

 

Huit millimètres met en scène un détective privé incarné par Nicolas Cage chargé d'attester -ou pas- de la véracité d'une vidéo qu'une veuve a découvert dans le coffre de son défunt époux. Sur celle-ci, filmée dans des conditions rustiques, les sévices d'une jeune femme : viol puis meurtre. Si les sévices étaient réels, il s'agirait d'un snuff-movie, mais ce dernier est généralement tenu pour une légende urbaine : tout ne serait que mise en scène et il n'y aurait pas de snuffs ''authentiques''. Ou alors, dans quelle sphère ?

 

Qu'une telle thématique ait pu atterrir sur les écrans de ''mr-tout-le-monde'' étonne, que le film ait été rejeté en bloc par la critique et sans doute l'intelligencia de façon générale, beaucoup moins.  Pourtant Schumacher est loin de délivrer un produit racoleur, loin aussi de tout mélanger [contrairement à une large frange de ses détracteurs dont les arguments se contredisent, en particulier autour de la dualité ''voyeurisme/complaisance'' et ''idéologie fasciste'']. Il y a dans 8 mm et comme toujours chez Schumacher, ce mépris pour les ''ordures'' de la société [l'ex de la victime, en prison au moment de l'enquête de Tom Welles/N.Cage] en même temps qu'une compassion pour la misère humaine [la mère de Janett] qui permettent le doute. Mais le regard de Schumacher n'est en rien condescendant ou sentencieux envers les rebuts, les marginaux. Schumacher cherche même à instaurer la sympathie pour certains de ceux-là, faisant d'un petit vendeur de sexe le collaborateur du détective. Lorsque Tom Welles arpente les braderies du hard dans le but de joindre le marché du snuff, les pervers notoires réagissent brutalement à ses demandes obscures. De même, nous ne sommes plus dans le domaine de l'art SM ou d'un porno radical : Schumacher normalise presque la ''déviance'' en la séparant clairement du snuff.

 

8MM_1Néanmoins ici tout est noirceur et le scénariste de Seven ne trahit pas sa réputation. Mais sa mécanique est épurée. Pas de rebondissements inutiles [la famille de Welles ne sera pas prise en otage, son compagnon ne retournera pas sa veste], pas de ces astuces esbroufeuses que nombre de thriller US à sensation, bien que plus passe-partout, n'auraient pas hésité à user. Pas de twist sauvage non plus. Il y a une surenchère dans le glauque, il y a aussi ces images hyper-réalistes suggérant les snuffs, recours que Schumacher aurait pu esquiver totalement. Mais si l'enfer est sophistiqué à l'excès [Schumacher s'abandonne totalement à son film], le traitement de la violence n'est en rien esthétisant. Le grand-guignol, s'il y est, ne relève pas de l'exotisme. 8 mm est une autopsie, un voyage au bout de l'horreur. Pour de vrai.

 

Ca n'a rien de démagogue. Personne n'en sort vainqueur, personne ne trouve grâce à nos yeux [à l'exception de ''l'allié'' de Cage] : 8 mm a surtout le ''bon goût'' de garder ses distances avec le personnage principal [malgré qu'il présente sa famille comme son seul refuge, mais là encore, cette ''grande erreur'' n'en est pas tant une, puisque celle-ci est malmenée par le héros]. Schumacher ne permet pas qu'on s'y attache sereinement et à cet endroit, toutes les accusations de complaisance s'effondrent. Tom Welles, lorsqu'il s'enquiert de venger la victime torturée huit ans plus tôt, démontre clairement qu'il cherche à justifier des pulsions qu'il ne peut plus contenir, parce qu'elles crispent ses limites morales, sa résistance à l'abject. Le moyen par lequel il se cautionne [il réclame une autorisation] n'était pas indispensable. Schumacher a refusé le leurre, et peu vont au bout de la souffrance, peu remuent les plaies jusqu'à ne laisser aucun doute : les méchants sont atroces, c'est vrai, Welles aussi est monstrueux. Ce pessimisme, proche d'une négation de la théorie de la ''nature humaine'', ne permet aucun double discours.

 

Tout manichéisme est balayé. Il n'est laissé aux tueurs aucune possibilité de rachat ; persuadés que le meurtre organisé est le crime suprême, Schumacher et son scénariste considèrent probablement qu'il s'agit d'un stade ou plus rien n'est à juger ou à excuser. Mais cela n'occulte pas la nuance et la façade humaine de ces personnages : ils ont ce que la dite humanité contient de plus terrible en elle, ils sont aussi des sujets sinon d'une banalité déplorable, aux atours et aux vérités triviales [l'exemple, démonstratif certes, de Machine]. Ces deux notions s'enlacent. 8 mm grignote peut-être des frontières éthiques [mais c'est à revoir, à mesurer], peut-être que ce qu'il montre devrait davantage être tenu en laisse. Il regarde l'Homme sans allégeance et cette posture est la plus intègre qui soit.

 





8_MM_AFFICHE8MM*** Acteurs*** Scénario*** Dialogues*** Originalité*** Ambition*** Audace*** Esthétique*** Emotion*** Musique***

Notoriété>50.000 sur IMDB ; 2.500 sur allociné

Votes public>6.3 sur IMDB (tendance non-US ; légère 18-29) ; USA : 6.0 (metacritic) ; France : 6.5 (allociné)

Critiques presse>USA : 1.9 (metacritic – moy.pondérée – pire f.de Schumacher) ; France : 3.0 (allociné)

Note globale = 5 (2/5)

 

Joel Schumacher sur PS.... Le Fantôme de l'Opéra + Phone Game + L'Expérience Interdite + Le Client + Batman Forever (B3) + Bad Company + Batman&Robin (B4) + Le Droit de Tuer ?

Nicolas Cage sur PS....   Sailor & Lula + Les Associés + Kick-Ass + Family Man