Regain de qualité pour ce second pot-pourri, réunissant quatre comédies, dont 2 britanniques, 1 américaine, 1 française. Deux gros succès commerciaux, un film-culte, une réussite critique.

Sont donc publiés : l'excellent Mon Beau-père et Moi, à peu près ce qu'on peut faire du mieux dans le cadre du divertissement formaté ; l'hilarant In the Loop ; le fade et brillant, le vain et semi-jouissif Arnaques, crimes & botaniques ; le très crétin Neuilly sa mère (cocorico toute !).

 

 

 

meet_parentsMON BEAU-PERE ET MOI ***

 

3sur5 Mon beau-père et moi n'est pas un chef-d'oeuvre en son genre, c'est simplement un de ces films qui permet d'apprécier tous les deux ou trois ans l'utilité de TF1. Il repose sur un procédé simple : plonger un corps en milieu étranger, en l'occurrence un sympathique trentenaire lambda [B.Stiller, parfait, comme toujours DEVANT la caméra] empêtré chez une future belle-famille socialement supérieure. Pas au courant des us et coutumes et aidé par un concours de circonstances malheureux [le hasard et les umbroglios s'en mêlent, forcément], il enchaîne les catastrophes malgré sa volonté de bien faire.

 

La réalisation manque de style [elle est, on le sait, soumise à des impératifs stricts], mais laisse une marge de manoeuvre immense aux acteurs, leur confiant tout le potentiel burlesque du film. Le face-à-face DeNiro/Ben Stiller est le grand argument du film et lui apporte effectivement toute son ampleur. Il faut dire que DeNiro est génial en comédie ; un an plus tôt, Mafia Blues permettait de redécouvrir ce géant ; Mon beau-père et moi, ou il se caricature de façon moins définitive, fut une confirmation.

 

Meet the Parents*** (7/10)   Acteurs***-* Scénario*** Dialogues*** Originalité** Ambition*** Audace** Esthétique** Emotion*** Musique*-*

Notoriété>86.000 sur IMDB ; 7.000 sur allocine

Votes public>7.1 sur IMDB ; USA : 6.8 (metacritic) ; France : 7.2 (allocine)

Critiques presse>USA : 7.3 (metacritic) ; France : 6.3 (allocine)

Note globale = 7 (3/5)


 

 

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IN THE LOOP *** 

 

3sur5 C'est Les Douze Travaux d'Astérix sur un tournage de Mocky en version contemporaine [puisque ni Astérix ni Mocky ne le sont] et britannique. Autour d'un ministre minable en communication, incapable de se déclarer contre l'intervention militaire au Moyen-Orient [Irak, Afghanistan, ou Iran, personne n'est cité, nous pouvons être en 2002 comme en 2013 ?], et son nouveau conseiller, gravitent une galerie de bourrins, tous superficiels, prétentieux, lâches ou vulgaires.

 

In the Loop moque avec une complaisance certaine l'incompétence et le grotesque d'autorités politiques animant les débats des derniers jours avant le lancement (ou pas) d'un conflit armé. Des individus à l'énergie formidablement inepte, qui gueulent ou prophétisent dans des couloirs, des limousines, des hôtels, des grandes salles de réunions ou des conférences de presse ou ils sont tous serrés par manque de place.

 

La limite indubitable de cet exercice de style misanthrope et hilarant, c'est qu'au-delà de ce statut aguicheur justement, la farce, bien que jouissive et magnifique, reste relativement inefficace politiquement. Mais le parti-pris purement ''dénonciateur'' est esquivé, et c'est bien vu à une heure ou il ne rime plus à grand chose [voir le tout récent Green Zone qui flirte déjà avec l'anachronisme, ou du moins arrive trop tard pour bousculer qui que ce soit]. In the Loop ne va pas ''déranger'', parce qu'il ne comporte ni révélations ni véritable audace géopolitiquement parlant, que l'uppercut nonchalant est global et n'argue aucune pièce concrète ; son nihilisme et sa qualité d'écriture ne font qu'assurer le divertissement, mais quel divertissement jouissif !

 


 

In the Loop*** (7/10)  Acteurs*** Scénario*** Dialogues**** Originalité*** Ambition*** Audace*** Esthétique**-* Emotion***

 

Notoriété>14.000 sur IMDB ; 400 sur allociné

Votes public>7.6 sur IMDB ; USA : 7.9 (metacritic) ; France : 6.3 (allociné)

Critiques presse>USA : 8.3 (metacritic) ; UK : 7.3 (screenrush) ; France : 7.0 (allociné)

Note globale = 7+ (3+/5)

 


 

 

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ARNAQUES, CRIMES ET BOTANIQUE **

 

 

3sur5 Le premier film de Guy Ritchie l'impose déjà comme une sorte de Klapisch britannique à mes yeux, alors que je n'ai pas vu le reste de son oeuvre : c'est relativement châtoyant, absolument gouailleur, bardé de gimmicks faciles, gentils, un peu putassiers et qui, pris séparément et abandonné ça et là dans un film, au lieu de servir à le fabriquer, seraient davantage à leur place.

Tout sympathique qu'il est, ce polar dépassant assez allègrement les frontières de la parodie souffre de sa virtuosité creuse ; la superficialité d'ACB le plombe au fur et à mesure, surtout lorsque la mécanique se ralenti un peu [il ne reste alors plus grand chose -normal, le film est nu-, tout juste deux pèlerins bavardant dans un garage pour s'échanger des informations plates et cruciales].

 

Ritchie mise sur une recette casse-gueule, un style outré et complaisant réclamant un regard camarade du spectateur. Il se prend pour Tarantino, mais on pense encore à Klapisch (mais c'est du pareil au même). L'effet de découverte fonctionne à plein, les acteurs sont formidables en roue libre (d'ailleurs le film ne fonctionne que sur eux, les facéties de l'intrigue en elles-mêmes ne faisant pas montre d'une grande inspiration -mais la vivacité de l'ensemble sert à éluder). Mais si par malheur Ritchie songeait à conserver toujours les mêmes tics par la suite, il s'enfermerait probablement dans du cinéma pour fans.

 

En attendant, c'est l'effet montagne russe : du gag poussif et las [l'éducation contradictoire d'un gamin-voyou...] au burlesque enchanté [la nonchalance du quator], de péripéties pataudes (et prétextes ?) aux éclatants coups-de-malin.

 

Lock, Stock and Two Smoking Barrels** Acteurs*** Scénario** Dialogues*** Originalité**-* Ambition**-* Audace**-* Esthétique*-* Emotion**-*

 

Notoriété>125.000 sur IMDB ; 7.500 sur allociné

Votes public>8 sur IMDB (légère tendance non-US & masculine ; forte tendance -45ans – 173e du top250) ; USA : 9+ (metacritic) ; France : 9- (allociné – 203e du top250)

Critiques presse>USA : 7- (metacritic)

Note globale = 9- (4+/5)

 

Londres sur PS...  28 jours plus tard + 28 semaines plus tard

Cinéma Britannique sur PS... Ali G + Angel Heart + Secrets de famille + Moon/2010 + Eden Lake + Creep + Love Actually

Destins croisés sur PS... Les Vies privées de Pippa Lee

Suggestions... Pulp Fiction + Kick-ass

 

 

 

 

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NEUILLY_SA_MERE_1NEUILLY SA MERE ! *

 

1sur5 Oui, 1sur5, non, ce n'était pas écrit, ç'aurait pu en être autrement, mais que voulez-vous et que faut-il surtout ? Une cuite monumentale, une crise globale, une dépression, un sevrage, un cerveau au repos (mais toujours au garde-à-vous !) ? Que faut-il pour accepter de fermer les yeux sur l'inanité de cet objet téléfilmique type KD2A moyen (dans la forme, la mise en scène, la structure, tout ce que vous voudrez) ? Ah, mais nous n'avons peut-être pas compris : c'était du second degré. Mince alors, j'en ris à m'en casser l'oeil ! Du second degré, bordel ! Moi qui me disait : c'est caricatural de A à Z, mais c'est par défaut ; mais non, c'est volontaire, tout est nul mais c'est volontaire ! C'est une ''vision'' quoi, tu vois c'est un regard sur la société mais en exagéré. C'est la Vérité mais au marteau-piqueur ! Mais c'est même pas la Vérité vraie en fait, c'est la Vérité dont parle les publicités Miel Pops, ou celle de Ségolène Royal quand elle est sincère, mais vraiment, sincère ! Whaaaaah : mais c'est du génie ! C'est ça, c'est ce qu'on dit, du génie ? Et cette caution ''politique'' criante, trop criante, trop dégoulinante : je dois vous dire qu'à un moment, j'ai cru la chose infantilisante au pire, à hauteur de ''pétard mouillé'' au mieux. Mais non : c'est le grand vide en fait, y a aucune intention, l'audacieux derrière son scénario ne sait même pas de quoi il parle. Alors : c'est formidable, ce film est le plus a-politique de la décennie, on pourra le montrer à la fin de l'année dans tous les collèges de France, et nous rirons ensemble, réactionnaires usés et communistes sur le retour seront main dans la main. Voilà, c'est ça, c'est ''la fracture sociale'' enfin accomplie : Neuilly sa mère !, c'est le retour vers une France des 90's idéalisée. C'est beau, hein ? J'en bave de joie.

 

Deux gros points :

 

1/ La vision de la jeunesse ici. Toutes les fictions françaises, audiovisuelles ou ciné, accusent un retard scandaleux : forcément, Neuilly sa mère ! n'échappe pas à la règle. Pire encore, ses adolescents de 14 ans ne sont pas des stéréotypes sur pattes connecté sur une réalité fantasmatique nauséeuse (LOL en particulier), ils sont la génération Champomy. Les jeunes ados français en sont à peine à la pré-puberté. L'occasion de se rappeler qu'en la matière, le cinéma français a des leçons à prendre ; même les blockbusters destinés à un public familial et aussi consensuels que, par exemple, Retour vers le Futur (presque 30 ans), paraissent plus juste, plus actuels, dans les portraits qu'ils dressent.

 

Trois millions, alors quoi : c'est un événement ? C'était la comédie de son année ? Admettons la chose suivante : eux qui ne sont doués qu'à s'auto-flageller, mais pour de faux, avec des moratoires insipides, les Français donc, ont enfin su, comme leurs homologues anglo-saxons ou espagnols, réaliser de parfaits petits produits siliconés de bout en bout ou réunir leurs frustrations pour esquiver les réalités qu'elles recouvrent. La solution : invoquer toute une armada de figurines ''populaires'', à la fois vaguement typées et foncièrement passe-partout.

 

2/ L'impératif du ''mainstream'', donc du plus-large-posible, permet d'excuser l'absence de talent : en substance, c'est un film qui s'adresse à la France et aux Français de tous horizons. En voilà un prétexte stimulant !

 

Que faire, pour illustrer ces belles aspirations ? Importer des têtes d'affiches !

Et qui s'y colle ? Toute la jet-set de la comédie familiale et mainstream franco-franchouillarde.

Film choral donc, alors distribuons les points :

 

Lemercier : ce vieux jeu, ce vieux double qui lui colle à la peau et qu'elle fait apprécier en l'esquintant : Lemercier a toujours besoin de venir produire sa critique de la petite bourgeoisie. Une bourgeoise au refoulé trivial ? Valérie, toujours au poste ! Besoin de purger quoi ? Ca la regarde. A ce stade, une thérapie s'impose ; à prescrire : la compagnie de Christine Bravo.

 

Semoun, le degré zéro de l'humour : idem, il s'agit de faire sa critique des individus méchants, vieux et tout rabougris ; ceux qui font peur aux lecteurs de blagues Carambar, ceux qui passent pour des terroristes aux yeux de Titeuf. Chacun son monde.

 

Polydadès : toujours dans son costume ''vieille france'', mais bonhomme, quand même ! (du Chevalier & Laspalès amélioré ?) Balasko, parfaitement légitime, si l'on en croit son CV de grande prêtresse bobo (statut qu'elle a manqué, en tout cas qu'elle n'a pas su imposer suffisamment aux yeux des Français – ou est-elle, aujourd'hui : loge-t-elle des sans-abris dans sa cave aménagée pour l'occasion [les journalistes], est-elle en train de comater sur un divan en se rappelant ses gloires d'antan et récitant des phrases-slogans à propos de l'excision ?).


Rap français... Paye ta rebellitude !

 

 

Tout le monde est caricature, mais surtout : tout le monde est une caricature bien franchouille (ainsi, ce curé aimant le football). Tout cela pour nous dire que dans le fond, derrière nos apparences souvent intimidantes, glacées ou rébarbatives (ah ! le regard de l'enfant sur le monde !), nous sommes tous de grands amateurs de barbecue, de plaisirs simple, de dîners en famille et autres célébrations régressives et sauvages.

 

La France des noces barbares, en somme, ou tout le monde est le cliché de quelqu'un d'autre. Woouaah !

 

 

Que faut-il garder ? Une révélation, certaine : Samy Seghir, le jeune acteur incarnant le fameux héros imberbe de 14 ans.

Eventuellement, le plaisir du naufrage accompli (mais ça ne dure que quelques minutes, à moins d'atteindre un seuil de cynisme monumental et à terme, outrancier – en compagnie d'une assistance ravie, on vous mettra dehors).

 

Ah oui, à la fin, celui qui avait l'impudence d'être blond aux yeux bleus, plus beau, plus adulte, plus séduisant, plus profond que lui (si peu, m'enfin : politique du moins pire)... sera puni !

 

 

 

neuilly_sa_mere_2009_18154_742078347Globalement, donc : un pot-pourri d'hypocrisie (le choc des cultures/stéréotypes ne débouche sur rien), voir de lâcheté, cinématographique -il s'agirait de ne pas l'oublier-, politique et sociale bien sûr, mais aussi éthique -ah, les méchants blonds aux yeux bleus ; ah, les wesh wesh repentis : quand y en a plein, ça va, bon, mais quand ils gentils, eh ba c'est quand même mieux, voilà ce qu'on veux nous, ma p'tite dame, des wesh wesh rangés : et ça arrive. D'ailleurs, je ne leur jette pas la pierre : les rebeus ont beaucoup à nous apprendre. Et je vous avais dit aussi que je trouvai les Chinois adorables avec leurs yeux tout plissés, on sent qu'ils sont dociles, ça fait du bien ; et les Africains, en agriculture, eh bien, je peux vous dire : ils n'ont rien à nous envier, oh oh, si vous saviez ! Le paysan africain, c'est tous les jours depuis 10.000 ans qu'il cultive sa terre. Lui il a pas évolué, il est resté au stade primaire : eh ba, vous voulez que j'vous dise, moi je trouve ça bô, oui môôôsieur, je trouve ça bôôô ! Comment ça, c'est raciste ce que je dis, tu te moque de moi, et puis t'est qui là pour dire que tu connais mon inconscient, c'est pas mon inconscient qui parle là, c'est ma conscience française qu'est en marche !

 

Ah aussi, les gens qui n'aiment pas Neuilly sa mère ! rejoignent Sarkozy en esprit.

Et non, je ne m'excuse pas pour ce ton indigne ; j'admire, en revanche, ceux qui auront su répondre par une critique négative mais construite, largement développée et pertinente, à la bêtise incommensurable de ce fiasco pathétique.

 

 

 

Neuilly sa mère !* (2-/10)  Acteurs** Scénario* Dialogues** Originalité* Ambition* Audace°°°°°°°° Esthétique°°°°°°°°

 

Notoriété>300 sur IMDB ; 3.000 sur allocine

Votes public>5.5 sur IMDB (tendance masculine) ; France : 6.7 (allocine)

Critiques presse>France : 4.3 (allocine)

Note globale = 6 (3/5)