matrix_revo_12sur5 Matrix aurait d'emblée été envisagé comme une trilogie par les frères Wachowski. Mais avec une première suite à leur film-culte, ils semblaient avoir épuisé le sujet. Matrix revolutions, excluant totalement les ébauches d'encarts ''politiques'' de son prédécesseur, préfère expliciter, quitte à ce que sa transparence conduise à la mièvrerie. Dans tous les cas, le blabla suprathéorique se révèle dans toute sa gratuité, sinon son ineptie, ne signifiant dans ce troisième tour de piste plus que l'égal du tout-venant de l'action-movie esbroufeur faute d'avoir autre chose à dire. Plus de masque : la SF est vendangée si ostensiblement que l'exercice de style cette fois ne se concentre plus qu'autour de la trivialité du genre.


Pas de révélations, que du radotage : la Matrice est comme obligée ici, présente par nécessité, venue au rendez-vous les mains dans les poches. Alors les Wachowski grillent leurs cartouches trop vite, bien trop vite, pressés mais pas encore complètement résolus à en finir, s'éternisant jalousement sur leur matériau pour bidouiller son potentiel une dernière fois, en rééditant quelques prouesses.

 

Le vrai problème de ce soliloque pompier et superfétatoire est alors, paradoxalement, formel. C'est que, malgré un virage plus ''urbain'' et une structure jeu-vidéo poussé à son paroxysme, Matrix 3 est dépourvu de l'ampleur et de la fièvre esthétisante de Reloaded. Même les séquences d'actions auparavant modernistes ne le sont plus ; elles sont plutôt, comment dire, ''cameron-esque'' avec ce que cela implique de virtuosité 80's -donc déphasée. L'interminable combat contre les machines [chute de la Matrice ou pas ? c'est le grand attrait du film pour ceux qui l'auront attendu], plutôt que climax du tryptique [ou on espèrerait légitimement voir toutes les ressources lancées dans la bataille], est un prétexte à trip new age sans personnalité. Tout y est, Dark City, Aronofsky l'intégrule et le romantico-goth skyblogueur : autant dire que le mélange est presque somptueusement cheap.

 

Matrix Revolutions est simplement le film de trop, celui qui gâche tout ou qui ne tient plus la distance. Pas désagréable évidemment, mais cette sortie est ratée, surtout qu'elle ne garde [et donc ne laisse] rien de l'ambiguité que dégageaient immanquablement Matrix 1 & 2 et qui leur permettait, au-delà de l'effervescence high-tech, de poursuivre les plus sceptiques. Mais tout ici gâche l'illusion à laquelle on voulait bien consentir, rendant le film, dans le pire des cas, finalement assez terre-à-terre [mais cela, on s'y attendait]. Coup de chapeau à l'ultime répartie : ''Je ne savais pas, mais j'avais la foi''. On sent le cynisme [commercial !?] même plus lointain.

matrix_revo_affMatrix reloaded*  Acteurs** Scénario*-* Dialogues*-* Originalité*-* Ambition** Audace* Esthétique** Emotion*-*

Notoriété>122.000 sur IMDB ; 11.000 sur allociné

Votes public>6.5 sur IMDB ; USA : 5.3 (metacritic) ; France : 5.8 (allociné)

Critiques presse>France : 4.8 (ancien barème) ; USA : 4.8 (metacritic)

Note globale (cinemagora) = 6.0 (la moins forte du tryptique)