EquilibriumStill0079_ClericJohnPreston_ChristianBale_5sur5 Echec en salles, totalement passé inaperçu à sa sortie et alors massacré par une presse ne voulant y voir qu'un pompage des grands gimmicks de la SF, Equilibrium n'a acquis une certaine reconnaissance, voir est devenu culte, qu'à long terme. Présenté -et aussi vendu- comme un ersatz de Matrix, le film de Kurt Wimmer n'a pourtant rien à voir, au-delà de l'allure de son personnage principal et de ses scènes de combats édifiantes, avec la saga culte des frères Wachowsky. Et comme le promettait son slogan poussif et malvenu pour la promotion US, soit ''Forget the Matrix'', la présence d'une substance au-delà de l'esbroufe consacre une victoire sans appel sur ce dernier.

 

Dans les années 2070 et alors qu'une troisième guerre mondiale a abouti à frôler l'extinction de la planète au début du XXIe siècle, cette dernière s'est entichée d'une cruelle certitude. Pour se maîtriser, ce Monde a évacué ce qui en faisait la substance : l'essence sociale est devenu rouage mécanique définitif. Il s'agit d'expulser les sentiments pour assumer les responsabilités de l'Humanité (chaque citoyen avale quotidiennement sa dose de ''prozium'' pour s'interdire toute émotion). Partant du principe que la solution pour celle-ci est l'absence totale de conflit, cela implique d'exterminer l'art et toute source potentielle de création. Equilibrium est dès lors l'immersion au sein d'une société lisse et ''parfaite'', spirituellement et physiquement dépouillée de toutes graisses humaines, ignorant le superflu du vivant.

 

Equilibrium29Un monde étrange, dont le concept repose effectivement sur de grands thèmes de la SF, rappelant ceux du roman Le Meilleur des Mondes ou du film THX1138, ou les émotions sont bannies. Equilibrium prend le sujet à bras-le-corps et l'enlace avec la rédemption du héros, un ''ecclésiaste'' (Christian Bale), soit une main droite du gouvernement chargée de retrouver les ''transgresseurs''  [ceux qui ont cessé leur traitement, sans doute poussés la curiosité, ou peut-être un intérêt plus pragmatique, pour l'interdit-le film ne s'attarde pas sur le passage, lui préférant ce qu'il implique], alors qu'il en devient bientôt un lui-même.

 

Ainsi, comme lui désormais, certains vivent à la fois en eux-même et vivent en ce monde ou rien ne transparaît (de leur individualité, puisqu'ils la préserve) ni ne doit dépasser des règles fixées. Equilibrium37Equilibrium ne fait pas que reprendre de grands sujets, il les assimile dans une perspective très contemporaine, quitte à faire tomber quelques classiques en désuétude. L'uniformisation, voilà le cauchemar ; cauchemar patent lorsqu'on y prend conscience du malaise, condamné à feindre de toujours s'y inscrire tout en tentant de s'en détacher. C'est une sortie de léthargie débouchant sur la quête de vie nouvelle ; tirée du contrôle des autorités écrasantes du rêve, la conscience en action ne peut s'avouer sous peine d'être broyée [accessoirement, c'est un motif idéal de suspense].

 

Le film accompagne la vision du sujet, la mise en scène le capte parfaitement, élaborant un climat à la fois serein et étouffant, cela sans que n'y réside aucune ambiguité, le seul élément insidieux étant l'âme du rêveur en puissance. De même, les choix esthétiques sont absolument sublimes (ou appropriés) ; ce monde blanc, carré, est moins immédiatement froid peut-être que celui de Bienvenue à Gattaca, oppressant et fascinant de la même façon sinon plus encore. Il y a bien un regard, il n'induit aucun jugement théorique arrêté sur le contexte, parce qu'il est presque clinique et ''instinctif'' -partant de la donnée indiquant que les instincts seraient réglés-. De fait, le clipesque, l'effet clinquant ont toute leur place ici, mais l'impact d'Equilibrium tient à sa construction d'une sorte d'empathie, de lyrisme ''rentré''. Si le film n'est pas pleinement désincarné comme Gattaca, ce que l'humain filtre ici -et que cette filtration est la bascule du monde donné-, sans se contenter d'être seulement le thème secouant et torpillant le film et son concept de l'intérieur. Paradoxe d'un film traitant de l'absence d'émotion et qu'on traverse la gorge nouée.

 

equilibrium_1Il y a bien sûr deux ou trois lourdeurs, tout au plus (sur le principe, Bale écoutant du Beethoven -mais la chose est transcrite avec justesse- ; le flash-back ''explicatif'' finalement inutile, voir incohérent, de la transmission d'armes), mais c'est s'occuper de points de détails inconséquents, y compris sur le plan formel. Il faut d'ailleurs voir comme les scènes de combat jouissent de ce qui manquait au Matrix auquel on a trop fait l'erreur de comparer ; un mobile bien sûr, du goût aussi [procédé asiatique, gadgets orientaux], une dimension tragique, psychologique surtout.

 

Caché derrière une étiquette de petit casse-dalle estival, un grand film sur la liberté, d'autant plus riche et passionnant qu'il reconnaît les limites de cette idée [le final ne redoute pas le pessimisme, notion cruciale puisqu'elle étend le problème]. Cette ouverture, ce refus de tout leurre, fait  d'Equilibrium un anti-V pour Vendetta. Ici il s'agit de tuer le père : associons cela pour faire court à un ''ni dieu ni maître ; sinon la liberté'', et découvront que celle-là n'a ni loi, ni visage, et encore moins de réponses.

 

equilibrium_AFFICHE_USEquilibrium**** Acteurs**** Scénario**** Dialogues**** Originalité*** Ambition**** Audace*** Esthétique**** Emotion****

Notoriété>86.000 sur IMDB ; 6.500 sur allocine

Votes public>7.7 sur IMDB (légère tendance féminine & légère tendance +45-->-18) ; France : 6.5 (allocine)

Critiques presse>USA : 3.3 (metacritic - moy.pondérée) ; France : 4.8 (allocine)

Note globale = 6+ (3/5)

 

Kurt Wimmer sur PS... Ultraviolet

Christian Bale sur PS... Batman Begins  + American Psycho + The Machinist + The Dark Knight, le Chevalier Noir

Sociétés totalitaires & cie sur PS... V pour Vendetta + Bienvenue à Gattaca

Pour une conception esthétique parfaite sur PS... The Cell + Tueurs Nés + Guinea Pig 2

Suggestions... The Invention of Lying + Marilyn Manson – Great Big White World + Au-delà du réel (film)