Nouveau type de déstockage de masse : ce type d'articles traitera de récentes sorties cinéma.


Le prochain article de ce type, prévu pour très bientôt, abordera Black Swan, Le discours d'un roi et peut-être les comédies françaises Halal et Rien à déclarer.


ARRIETTY LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS ***

 

c4d02209arrietty23sur5 A l'heure ou ''l'aérien'' Hayao Miyazaki annonce sa retraite prochaine et alors que son alter égo ''terrien'' Isao Takahata ne se manifeste plus en tant que réalisateur (quoique son retour soit prévu pour des temps proches), Arrietty arrive comme pour rassurer les aficionados de la maison Ghibli, dont c'est la 18e livraison en un quart de siècle. La relève sera donc assurée : outre Miyazaki fils et ses Contes de Terremer plutôt mal accueillis, Hiromasa Yonebayashi apparaît comme le nouveau lieutenant de Ghibli, celui qui à l'avenir sera en mesure d'incarner ses valeurs (il est collaborateur de Miyazaki depuis Mononoke) tout en sachant réinventer la marque (Arrietty est l'adaptation d'un classique de la littérature britannique – que Miyazaki et Takahata envisageaient de transposer à l'écran depuis des décennies, comme c'était le cas pour les Contes de Terremer).

 

arrietty_le_petit_monde_des_chapardeurs_2011_21122_1098978466Solitude totale pour des mini-moi dans une grande maison ou arrive une portion de famille concrètement humaine. Le spectateur assimile d'abord la famille de la petite Arrietty à un tout petit cocon protégé du monde (complexe donc menaçant, ''insurmontable'') par ses coutumes et son savoir-faire ; mais le film se révèle loin du schéma ancêtres conservateurs/fraîche progéniture curieuse (filon déjà exploité par Ghibli, qui y mettait les nuances), loin aussi de tout manichéisme (il n'y a d'ailleurs pas l'once d'un ''méchant'' de quelque nature ici, juste une vieille femme excitée pour adversaire des liliputiens). Le récit s'articule essentiellement autour de la relation entre Arrietty et ses parents ou Arrietty et Ashô, jeune homme humain semi-tétraplégique sensible à l'existence et la vitalité de cette race minuscule. La richesse de ce duo contraste avec des personnages globalement esquissés mais relativement peu profonds (hormis sans doute la mère d'Arrietty). Puis entre l'hommage discret et la nouvelle formule avancée, on s'oriente vers le manifeste ''éco(lo)nomique''. Admirable traitement d'un choc des civilisations et de l'impossibilité de cohabiter ; on ne peut que s'approcher pour éviter de blesser cet Autre insaisissable.

 

Esthétiquement, c'est moins fulminant, moins touffu, plus posé, plus simple. A contrario de la politique contemporaine de l'image de synthèse, c'est l'art de l'estampe qui prime ici. Le statisme du dessin (ravissant par ailleurs) est contrebalancé par une mise en scène jouant avec brio des variations de taille (chaque pas au-dehors est une aventure avec Arrietty).

 

La narration demeure trop typique, marquée (à une conversion inopportune près : la bande-son disneyenne du générique) pour qu'on érige Yonebayashi en nouveau génie de la japanim. C'est néanmoins un nom à retenir et un cinéaste sur lequel compter ; son premier film est d'une splendeur permanente. Encore un qui réussi à nous captiver de la même façon qu'on hypnotise un enfant.

 

 

arrietty_le_petit_monde_des_chapardeurs_21122_89054158Kari-gurashi no Arietti *** (7+/10) Animation**** Scénario*** Dialogues*** Originalité*** Ambition*** Audace** Esthétique*** Emotion**

Notoriété>350 sur IMDB ; 1.000 sur allocine

Votes public>7.9 sur IMDB (tendance masculine) ; France : 7.6 (allocine)
Critiques presse>France : 6.9 (allocine)

Note globale = 8- (4-/5)

 

Ghibli hors-H.Miyazaki & I.Takahata... Les Contes de Terremer**

Hayao Miyazaki... Princesse Mononoke**** + Le Voyage de Chihiro**** + Le Château Ambulant**** + Porco Rosso**** + Nausicaa de la Vallée du Vent*** + Ponyo sur la falaise** + Laputa/Le Château dans le Ciel****

Isao Takahata... Pompoko*** + Souvenirs goutte à goutte* + Le Tombeau des Lucioles***

Japanim... Origine(2006) * + Wonderful Days/Sky Blue*** + Blood, the last Vampire


 

 

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DES HOMMES ET DES DIEUX**

 

des_hommes_et_des_dieux_2010_19336_8142891173sur5 Austère, voir rêche ; Des hommes et des dieux est un véritable manifeste pour la politique d'une esthétique parfaitement sobre, ultra-réaliste et dépouillée. A-priori, il y aurait de quoi s'étonner de l'engouement populaire (mais aussi critique et festivalier) connu par ce récit de la disparition de kamikazes du Tout-Puissant. Pourtant, les raisons du consensus sont tout aussi évidentes ; Des hommes et des dieux n'est ni prosélyte ni démagogue, c'est de la liberté de choisir (ou d'une de ses formes) et d'une foi résistante qu'il fait l'éloge, prenant à contre-pied le piège de s'établir comme tablette des commandements du parfait vertueux petit martyr.

 

Car les chemins de la foi aussi sont impénétrables ; c'est l'histoire d'un sacrifice consenti, d'un don de soi au nom d'un idéal humaniste (résister aux sbires d'un « gouvernement corrompu ») et religieux (tenir tête aux islamistes radicaux). Soumis à la menace islamiste, les moines refusent (en même temps qu'ils réfutent l'idée d'abandonner les lieux, et donc la population locale pour laquelle ils sont un appui et une lumière bienveillante) tout compromis avec le camp adverse, puisque camp de la guerre, de la terreur et de la haine: voilà une loi à laquelle il est sain de désobéir avec pour toutes armes, prier et dresser des conseils de paix et de confiance obstinée en l'avenir. Puis, finalement, entendre ces cris de désespoir étouffé et accepter de donner, de Soi et de l'aide. En d'autres terme, partager l'Amour que Dieu leur a transmis.

 

Beauvois fait un compte-rendu didactique et sans fioritures d'une histoire vraie. Il s'agit en effet de la représentation de faits produits en 1996, date ou étaient retrouvés décapités des moines d'Algérie aux prises avec l'armée et les radicaux islamistes (l'affaire demeure non élucidée). Le final diverge quelque peu de la réalité connue, Beauvois se permettant un parti-pris quand à la désignation des circonstances de la prise d'otage – quoique les choses demeurent floues.

 

Globalement, le film se fait surtout inventaire du quotidien, des préparatifs purement matériels, des confessions sur la foi, sur Dieu et l'Amour. S'y ajoutent des débats chrétiens/musulmans sur les livres sacrés ou l'ordre du monde contemporain (sans ce détail -la cohabition de deux communautés religieuses divergentes-, le caractère laic du film se serait facilement confondu avec celui de Marine Le Pen). On lira l'émotion qu'on voudra dans cette routine, éventuellement lassante et lourdaude, probablement bel hommage à la simplicité et la dévotion. La vérité se situe sans doute entre les deux ; on se passerait volontiers des chants et cérémonies à rallonge (filmées sans esbroufe, en plan fixe : c'est absolument terne !) pour se contenter des échanges, des moments de grâce et de silence (soit de contemplation).

 

Des hommes et des dieux** (6/10)  Acteurs*** Scénario*** Dialogues*** Originalité** Ambition*** Audace*** Esthétique*** Emotion**

Notoriété>1.600 sur IMDB ; 3.000 sur allocine

Votes public>7.6 sur IMDB (légère tendance féminine) ; France : 7.7 (allocine)

Critiques presse>France : 7.8 (allocine)

Note globale = 8- (4-/5)

 

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