matrix_im03sur5 ''Nous avons commencé à écrire Matrix en partant de l'idée que toutes les choses que nous croyons réelles, que tous les objets qui nous entourent, sont en fait élaborés par un univers électronique : la Matrice'' annoncent les frères Larry et Andy Wachowski. Neo, pirate informatique, est dépêché par Morpheus qui le considère comme l'Elu appelé à libérer l'Humanité du joug de la Matrice évoquée. Selon lui, il est le seul individu capable de mettre à jour les mystères de cet organisme et comprendre son emprise sur l'ambiguité réel/virtuel. Le postulat de départ intrigue, un peu, mais le scénario se révèle vite aussi creux qu'in-original.

 

Synthèse bouillonnante d'une décennie d'action et de SF, Matrix est une sorte de fusion eXistenZ – Gattaca – Terminator, étiquette largement vulgarisée. Pour autant, elle n'en réduit pas les potentialités, les évoquant pour les laisser ouvertes : c'est généreux, aguicheur, mais ce retrait implicite des auteurs est aussi la raison de quelques regrets. La frontière entre remise à plat d'un vaste héritage et fumisterie obsédante est poreuse ; la démarche de Matrix est esbroufeuse avant tout, aussi son sérieux lui sied mal.

 

Le point de départ est assez kafkaien, à la façon d'un Dans la peau de John Malkovich sans ironie. Une atmosphère rigide, systématisée et asphyxiante est plantée ; avec la Matrice, au contraire, l'image devient folle, les contours de l'environnement se floutent. Cette Matrice aux promesses aliénantes est l'occasion d'interroger la nature humaine, la consistance de la vie ici-bas, avec une verve d'adolescent vaniteux. Et bien que cautionnant la toute-puissance de cette illusion sidérante, le film s'égare dans ses motifs ''cronenbergiens'', ceux de la réalité fantasmagorique, subissant de plein fouet les limites d'un concept chétif.

 

matrix_im1Le vrai problème de cette Matrice, c'est qu'elle est excessivement offerte, qu'elle est un peu tout ce que le spectateur voudrait qu'elle soit. A commencer par une métaphore de la société occidentale, ou Neo serait un porte-étendard du libre-arbitre : pourquoi pas, mais cette réalité virtuelle est trop abandonnée à la brume pour signifier quoi que ce soit et dès lors toutes les spéculations opportunistes sont stériles. Le flou thématique voudrait se confondre dans les parures du flou artistique : Matrix accumule dès lors les signaux clignotants de la culture cyberpunk sans les sonder.

 

Cette niaiserie refoulée traverse le film sans trop en perturber son déroulement  ; mais elle est là, patente : prenons l'exemple de cette scène ou une femme chez qui il s'introduit prévient Kevin Costner (Neo) qu'il va briser un vase. Le vase se brise, inévitablement. Bien. Les frères Wachowsky voudraient nous faire miroiter qu'on ne peut influer sur les données du réel. Oui, peut-être si tout est écrit ; non, certainement pas, puisque cette réalité est l'effet d'une influence spontanée, puisque la trajectoire de Costner a été perturbée. Ce qui voudrait dire que cette femme ''savait'' ? Non, elle a simplement calculé le phénomène. Ce qui ne prouve ni sa force, ni celle de ''l'Elu'', ni celle de la Matrice. Dans tous les cas, cette séquence ne veux rien dire, ou bien elle se contredit elle-même et ne sert qu'à donner le sentiment de multiplier les pistes du film alors qu'elle n'intervient que pour les brouiller encore un peu plus. En donnant au spectateur le sentiment de comprendre pleinement quelques démonstrations disséminées, le film ne fait qu'essayer de le perdre un peu en annihilant au fur et à mesure ces repères prêtés plus tôt.

 

matrix_im2Si les arguments sont creux, cheap au mieux, l'intérêt du film est plutôt dans sa mise en scène accomplie et reliant les diverses inspirations des Wachowski avec une parfaite cohérence, pour un résultat hybride [jusque dans son impeccable et éclectique B.O., ou se croisent Massive Attack et Rob Zombie] et brillant qui fera du film un modèle dans les années à venir. La Vérité que prône Morpheus n'est que le gimmick principal d'un monde à tiroir permettant de nombreuses échappées ludiques et jouissives.

 

Tout heureux d'avoir déterminé un support flexible et attrayant, les Wachowky en exploite autant les ressorts spectaculaires que vaporeux : le film est à son meilleur lorsque s'exprime ses ambitieux imports asiatiques [John Woo et Tsui Hark] exprimés dans ses voluptueuses scènes d'action. La structure dans le fond assez banale et binaire [séquence de bla-bla ''abstraits'' ; séquence grivoise] du film est transcendée par le charme du patchwork  : le plaisir est presque, en somme, ''tarantinesque'', à ceci près qu'ici on ne refait pas le film, mais on garde le meilleur de tout ce qui a pu être éprouvé. Efficace, mais frustrant : la compilation vaut pour elle-même, mais ne se construit aucune horizon probante.

 

C'est donc une proposition à la fois surannée et post-moderne de train-fantôme de la SF et un radieux divertissement mâtiné d'une couche philosophique assez grossière [effet ''hype roturier'' garanti], confinant au fourre-tout inabouti mais néanmoins bienvenu en dépit de ses lourdeurs.




 

matrix_afficMatrix** Acteurs**-* Scénario**-* Dialogues**-* Originalité** Ambition*** Audace** Esthétique*** Emotion**-*

 

Notoriété>370.000 sur IMDB ; 23.000 sur allociné (chiffres monstrueux)

Votes public>8.7 sur IMDB (25e du top250 – légère tendance masculine) ; USA : 8.2 (metacritic) ; France : 8.3 (allociné)

Critiques presse>USA : 7.3 (metacritic) ; France : 6.5 (allociné)

Note globale selon Cinemagora → 8.3 (meilleur de la saga, écrasant les opus suivants)

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