la_colline_a_des_yeux_14sur5 Au milieu d'une vague de remakes aseptisés [Amityville], improbables [Massacre à la tronçonneuse] voir tout simplement nullissimes [666 la malédiction], La Colline a des Yeux fait office de miracle. Comme ce fut le cas pour celui, plus récemment, de La Dernière Maison sur la Gauche, Wes Craven est aux commandes du ravalement de façade de l'un de ses classiques 70's, tenu pour un pur produit de contre-culture, particulièrement décrié en son temps mais dont l'aura scandaleuse est aujourd'hui largement relativisée. Le film d'Aja enfonce le clou en enterrant son modèle ; si le réalisateur et son co-scénariste respectent l'essentiel de la trame d'un matériau de base dont ils ont été des fans de la première heure, il y opère une greffe politique d'une étonnante maturité. Mieux, ils font flirter la matière qui leur est confiée avec l'exercice d'auto-réflexion [posture parfois arborée par Craven, dans sa reprise de Freddy en tête] puisque ce sont d'abord les mécanismes de la peur qu'ils politisent.


Le film démarre sur une longue scène d'exposition et met en scène une famille US ''typique'' traversant le désert de Nevada pour rejoindre Los Angeles et dont les membres ne constituent a-priori que des clichés ambulants ; mais l'ambiguité plane déjà sur ces terres connues. Hérités de l'opus original et malgré le côté très 60's de l'ado-qui-sature, les portraits se font nuancés, mais surtout se plient à une logique qui les dépassent sans les écraser. Parmi cette famille US conservatrice, assez logiquement, on s'attache davantage à sa jeunesse, éventuellement en particulier au gendre, démocrate déclaré, qu'à son patriarche ostensiblement réac [et manifestement beauf : par définition, peu s'y retrouvent].

 

Son personnage identificatoire en poche, délibérément mieux dégrossi que les autres, le film peut basculer du côté du rape and revenge, ce procédé terriblement roublard [sciemment refoulé au-delà des 80's], lieu propice à toutes formes de divagations complaisantes ou spéculatives ou les victimes rendent la pareille aux bourreaux initiaux. Et alors, prendre le spectateur dans le sens du poil, les souffrances endurées [du jeune homme, un des derniers survivants de la famille face aux créatures nichées dans et derrière la ''colline''] justifiant l'assouvissement de passions scabreuses [incluant enfin le spectateur de façon plus directe]. Sauf que le motif de vengeance du jeune homme est douteux et annihile tous les repères mis en place autour de ce personnage, dépouillé de l'écho flatteur ou favorable du début, puisqu'arborant des attitudes contradictoires. Face aux démons primitifs de l'Amérique, la civilisation prend en otage ses citoyens en se portant caution. Sur les vestiges figés [les mannequins et la ville-test] d'une ère prospère et fantasmée, la victoire a un goût amer et ironique, surtout lorsque les maillons les plus fragiles et désespérés du camp adverses s'humanisent et se sacrifient pour les opportuns venus fouler leur terre [le sacrifice de la bâtarde des dégénérés, qui vient vous tirer une larme une fois vos nerfs épuisés].

 

Mais au-delà de la démonstration, La Colline a des Yeux est d'abord est un monument de tension et un programme suffisamment ludique pour satisfaire les exigences d'amateurs de train fantôme comme de cinéphages assoiffés d'exotisme horrifique. Le style sobre et puissant qu'Aja révélait sur Haute Tension [vainqueur haut-la-main de la vague horrifique française des années 2000] est subjugué par ce huis-clos à ciel ouvert. En même temps qu'il ressuscite une horreur carnassière à Hollywood, La Colline a des yeux est le parfait prolongement des enjeux de l'original jusque dans son aspect graphique. Entre ses visions panoramiques du désert Marocain et son esthétique de pastiche fantasmagorique, il se dégage du film un climat cauchemardesque, proche du conte sanglant, dont la beauté sidérante abrite harmonieusement la portée subversive de l'escapade.

 

Alors que la patte des auteurs dépêchés à Hollywood s'en trouve broyée et dénaturés et que des cinéastes à l'univers défini sont réduits à l'état de gentils tâcherons [Kassovitz et son Gothika, référence à ce titre pour le cas Français], Aja s'impose en orfèvre. Ce n'est pas seulement le meilleur remake de ces dernières années qu'il a confectionné, c'est d'abord et surtout l'un des plus grands moments et peut-être, s'il en fallait une, la clé du cinéma d'horreur de sa décennie, puisque s'y trouve la représentation la plus accomplie des inquiétudes du monde contemporain que le genre brasse et retourne inlassablement et en tous sens.




 

LA_COLLINE_A_DES_YEUX_AFFThe Hills Have Eye**** Acteurs*** Scénario**** Dialogues*** Originalité*** Ambition**** Audace**** Esthétique**** Emotion***-*

 

Notoriété>43.000 sur IMDB ; 6.500 sur allociné

Votes public>6.5 sur IMDB (tendance -30) ; France : 7.0 (allociné)

Critiques presse>USA : 5.2 (metacritic) ; UK : 7.0 (screenrush) ; France : 7.3 (allociné)

Note globale selon Cinemagora → 6.6

 

Autour de Wes Craven sur Pinksataniste.... La Dernière Maison sur la Gauche, le remake + Freddy-les Griffes de la Nuit + Freddy sort de la Nuit + la saga Freddy