la_secte_sans_nom_13sur5 Avant le triomphe de son Rec qui re-lançait la vague du documenteur [exposé au grand-public par Blair Witch] en 2008, le cinéma de Jaume Balaguero ne faisait guère d'émules hors des frontières hispaniques. Ou plutôt pas au-delà des fantasticophiles, qui durent d'ailleurs se résoudre à la vidéo pour découvrir le charmant Fragile. Suite à la lecture d'un roman de Ramsey Campbell, grand nom de la littérature à suspense, l'auteur de courts métrage et critique spécialisé à ses heures perdues enfile la casquette de réalisateur, considérant avoir trouvé l'écrin prompt à accueillir ses ambitions.

 

Une policière dont la fille était présumée morte il y a cinq ans à partir d'un corps calciné reçoit un appel téléphonique de la part de celle-ci, qu'elle sait bientôt aux mains d'une secte. Dans les recherches qu'elle mène secondée par un détective privée, elle se heurte à une notion du Mal qui l'accable et la dépasse. On voit ou Balaguero veut en venir : à l'essence du Mal. A cette fin, il se résout à des choix particulièrement appropriés.

 

Même si s'égarent de-ci de-là quelques effets clipesques subliminaux, ritournelles faciles par définition [qu'il parvient cependant à intégrer sans dénaturer le ton de l'ensemble], le grand mérite de Balaguero est d'instaurer une réelle atmosphère. Avant même le grand plongeon vers les limbes du sordide sont ménagés de beaux moments de temps suspendus. Une émotion glacée parcourt le film, et Los sin Nombre, en suscitant l'implication aux côtés d'une mère endeuillée, fait le choix du quitte ou double.

 

C'est un film au climat étouffant, sinon tout à fait claustro : on ne relève aucune intervention du moindre élément extérieur à l'intrigue, pas plus qu'au microcosme livré à un paysage urbain monochrome et cafardeux. Mais davantage que par son immersion dans les entrailles psychologiques de ses personnages, l'oeuvre se distingue en traitant d'une transcendance ''effective'', par voie charnelle autrement dit. Le thème sera repris par le rentre-dedans Martyrs : la barbarie pour accéder à un statut spirituel absolu, point de mire de la secte évoquée.

 

Très probant, ce premier long au classicisme tortueux annonçait un talent à suivre. Les motifs incitant à la réserve sont déjà là eux aussi, mais dans une moindre mesure ; ce thriller horrifique a été mûrement cogité. La manie un peu sentencieuse de Balaguero de brandir certains atouts chocs est contrebalancée par un nihilisme et une intrigue aboutis, marque de fabrique qui tendra à se galvauder par la suite. Présenté et adoubé dans de nombreux festivals européens, ce cauchemar névrotique demeure l'essai le plus passionnant du réalisateur, celui générant le trouble le plus durable et concret.

 

 



la_secte_sans_nom_afficheLos Sin Nombre***  Acteurs*** Scénario*** Dialogues*** Originalité*** Ambition*** Audace*** Esthétique*** Emotion***

 

Notoriété>3.100 sur IMDB ; 350 sur allociné

Votes public>6.1 sur IMDB (tendance non-US & 18-44); France : 5.8 (allociné – 5e/5 film)

Critiques presse>France : 6.3 (allociné)

Note globale selon Cinemagora → 6.0

 

Jaume Balaguero sur Pinksataniste.... Rec + Fragile