tsotsi_13sur5 Récompensé par l'Oscar 2006 du meilleur film étranger, Mon nom est Tsotsi est devenu l'emblème d'un cinéma émergent, se réappropriant les couleurs de son pays (l'Afrique du Sud), alors que n'y existait sous l'ère encore récente de l'Apartheid, essentiellement que des comédies de boulevard et d'aventure à destination quasi exclusive du public blanc. Les promesses sont enchanteresses et optimistes, puisqu'il s'agit d'évoquer la rédemption d'une âme égarée des ghettos étendant sa raison d'être, espérant, un bébé volé sur les bras, l'avenir autrement quand seule la violence et l'abandon justifiait son présent.

 

Pourtant, à l'arrivée, on est un peu déçu. Le geste est infiniment louable, il est beau et épuré, mais à trop prôner ''la décence'', il ne consiste plus qu'en l'application d'une aimable démonstration, coulant si tranquillement sur des sentiers prévisibles qu'elle se confine à l'état de creuse initiative.

 

Jamais desservie par cette faille, l'émotion est patente, mais surtout placide. Lucide et intelligent, apparemment attiré par la complexité, le film va au bout de ses idées mais oublie de les développer, comme s'il n'existait aucune ramification potentielle à son parti-pris initial. Si l'état des lieux sociétal qu'il dresse retient l'attention, les personnages ne sont que des pantins prisonniers d'une fine écriture aucunement soucieuse de leur prêter quelque esprit derrière leurs traits [les scènes de Tsotsi avec ses amis sont d'une fausseté sans pareille]. Le mélodrame crée ainsi paradoxalement une distance, seule la figure de Tsotsi se distinguant des pions désincarnés par une humanité fouillée, celui-ci se découvrant en même temps que ses contradictions. Réapprenant qui il est, ses émotions l'amène à construire un rapport au monde, à envisager de s'y inscrire en se guidant par ses tous nouveaux repères.

 

TSOTSI_2C'est un portrait dur [bien qu'évidemment emphatique de bout en bout] que dresse le film de son personnage principal, Totsi s'accaparant cette enfance pour combler son propre manque. Il le défend par la violence, pour lui procurer ce dont il a besoin et que lui ne peut offrir. C'est qu'il reprend vie, s'ouvrant à la vie avec son nouveau protégé ; mais en estimant que le passé de Totsi est tout aussi vierge, le film ne met pas de mots sur ses frustrations.

 

Cette souffrance, cette nouvelle donne sont visibles, mais leur expression à l'écran est stérile en fin de compte. La tournure que prend le film, sans surprises mais là n'est pas le problème, n'est d'aucun secours pour cette éducation à la vie. Parce qu'il manque un point de vue et que ce manque est aussi cruel que le contexte ou évolue Totsi, le propos du film en devient mou, figé jusqu'à l'absence.

 

Tout cela pourrait se passer n'importe ou et en tout temps ; le sujet en lui seul dégage une force indéniable, appuyée ici par d'excellents acteurs. Et justement, c'est ce qui fait la grâce et la limite imperméable de ce films de contrastes, de cette peinture agrémentée de jolis effets de style ; chaque scène semble capable de vivre pour elle-même, illustrant des instants de vérité pris sur le vif. Mais les unes à la suite des autres, ces séquences nues sans profondeur ne font qu'accoucher d'une neutralité embarrassante, d'un plaidoyer sans lendemain.

 




TSOTSI_AFFTsotsi** Acteurs*** Scénario*** Dialogues** Originalité** Ambition*** Audace** Esthétique**-* Emotion** Musique***

 

Notoriété>13.000 sur IMDB ; 1.400 sur allociné

Votes public>7.4 sur IMDB (tendance US et féminine) ; USA : 8.0 (metacritic) ; France : 7.3 (allociné)

Critiques presse>USA : 7.0 (metacritic) ; UK : 7.3 (screenrush) ; France : 5.5 (allociné)

Note globale selon Cinemagora → 7.1