robocop_65sur5 C'est en majeure partie à ce cow-boy d'acier téléguidé de la fin du second millénaire que Verhoeven doit son surnom de ''hollandais violent''. Réaliste et équivoque [combinaison rare mais ici pourtant heureuse], Robocop est la fresque d'un futur proche ou les frontières entre crime et justice ont été flouées. La fable brasse une foule d'enjeux post-moderne, mais présente avec une telle désinvolture le cannibalisme technologique que jamais son ambition et sa densité ne viennent alourdir le propos.

 

 

Les têtes pensantes de l'OCP, organisation militaro-commercial aspirant à transformer Détroit, haut lieu de corruption et de violence, en ''Delta City'', sont à la recherche du flic idéal, celui qui serait en action 24h/24 sans nécessiter aucune exigence matérielle contraignante. Après une démonstration tournant au drame, un jeune cadre profite de l'opportunité pour présenter son projet : RoboCop, consistant en la greffe d'un arsenal high-tech sur le prochain policier laissé pour mort.

 

Le corps de Murphy [Peter Wellers], un policier et père de famille tué dans une mission, est alors employé à ces fins. Le robot sera ensuite abandonné sans surveillance dans la ville, soumis au regard et au jeu des médias. En se contentant d'appliquer le programme pour lequel il a été crée, le nettoyeur sans âme épure les rues de Détroit.

 

ROBOCOP_0Le scénariste Edward Neumier surfe sur la vague cybernétique intégrée chez le grand-public avec Terminator pour s'intéresser à la perte d'identité qu'induit l'obsession de l'ordre. Le totalitarisme de cette société n'est qu'une toile de fond cynique, Neumier et Verhoeven se passionnant surtout pour l'humanité anesthésiée de leur personnage. Et de son paradoxe : la machine vengera l'homme dont elle s'est appropriée les mouvements. C'est lorsque la coquille métallique se remémore son passé et que son ex-coéquipière lui réattribue sa personnalité que Robocop redevient individu. Mais son aliénation ne se dissipera que lorsque ses supérieurs lui accorderont de s'émanciper des codes qui régissent sa condition de flic parfait. Prix à payer pour obtenir l'un des dénouements les plus seconds degré de l'histoire, la Machine s'efface derrière les sentiments. En dépit des torsions dès lors accessible à Robocop, l'ambiguté éthique demeure totale : son libre-arbitre n'est qu'un leurre, sa notion du Juste appartient à ceux dont il est le bras droit. En d'autres termes, la victoire de l'Homme est fragile et contradictoire. Tant qu'une nature est guidée par un maître (une idéologie, un slogan, un modèle aux promesses enchanteresses), elle n'est qu'une parodie libertaire (Robocop pourrait être un jeune étudiant communiste : c'est un pantin qui croit faire la révolution).

 

Anticipant la vague de super-héros existentiel et névrosés des années 2000 [les Batman de Nolan, Iron Man ou autres Spiderman], ce Frankenstein moderne est l'un des plus passionnants que le cinéma ait jamais donnés à voir. Quasi cronenbergien [sans la chaire], ce spectacle acerbe  baigne dans un climat apocalyptique dont le parfum entretient quelques correspondances avec celui de Mad Max. L'esthétique 80's se partage entre faste et bitume, froideur bureaucratique [les grandes salles de réunions dignes d'un Gattaca] et poisseux urbain [usines désaffectées, gangs...] ; le film ménage des pauses destroy illustrées par une verve anar digne de Street Trash. La mise en scène se partage entre cet héritage hargneux et la démarche iconoclaste du cinéaste [la séquence de transformation de Murphy en Robocop est techniquement édifiante]. C'est ici que le jusqu'au-boutisme de Starship Troopers pose toutes ses bases : Verhoeven carbure au brûlot pyrotechnique et insidieux, se moque de ses personnages et se lâche sur des pubs grotesques au second degré signifiant.



ROBOCOP_AFFICHERobocop**** Acteurs**** Scénario**** Dialogues*** Originalité***-* Ambition***** Audace**** Esthétique**** Emotion***

 

Notoriété>52.000 sur IMDB ; 4.000 sur allociné

Votes public>7.6 sur IMDB (légère tendance masculine) ; USA : 8.8 (metacritic) ; France : 8.5 (allociné)

Critiques presse>USA : 6.7 (metacritic - 2e meilleur score derrière Black Book)

Note globale selon Cinemagora → 7.9

 

Paul Verhoeven sur Pinksatanise.... Starship Troopers + Total Recall + Hollow Man + Basic Instinct

Super-héros sur Pinksataniste.... Batman + Batman Begins

Classiques du cinéma d'action sur Pinksataniste..... Predator

 

Suggestions... Scanners + Alien + Alien 3