2sur5 En début de film, le bibliothécaire évoque l'idée qu'un livre change lorsqu'on s'y aventure une seconde fois. Nouveaux visages, approche antithétique, Fantasia n'a effectivement plus le charme qu'on y trouvait lors du premier raid. Infiniment plus gentillet et infantilisant, L'Histoire sans fin II frôle le contresens avec les parti-pris de son modèle.

 

Pour autant, cette suite n'affirme pas son indépendance, sa démonstration ne consistant qu'à torpiller les données héritées. Pour introduire son sujet, le film se focalise sur la peur de l'eau de Bastien ; c'est un peu comme comparer les malheurs d'un trader constipé et le génocide rwandais. Entre sur-dramatisation et accès Denis la Malice, l'ébauche d'un motif d'angoisse bien plus intéressant est pourtant esquissé, soit la découverte par l'enfant de ce qu'implique la condition d'adulte de son père [en outre, sa mère est remplaçable].

 

Le nouveau Bastien fait tout l'attrait du film, tant le jeune Jonathan Brandis s'avère brillant. S'il devient moins convaincant dès lors qu'il s'agit de se mesurer aux aventures narnia-esque du Fantasia new look, l'ensemble de ses camarades font pâle figure à ses côtés. A commencer par l'Atreyu n°2 ; rejoignant en chair et en os ses amis du pays imaginaire, le jeune héros du réel forme désormais un tandem grossier avec son nouveau compagnon. C'est le gros point noir de la fainéante écriture ; le duo ne fonctionne pas, ses relations sont incohérentes. Non seulement la structure en miroir est brisée, mais avec ces deux gollums changeants d'un bout à l'autre, la franchise naissante bascule déjà dans une approche très ''jeu de rôle'', le film se muant ainsi en Seigneur des anneaux pour débutants.

 

La partie esthétique relève quelque peu le niveau. Mais malgré sa jolie Cité d'argent et son fatras grandiloquent, L'Histoire sans fin II est beaucoup trop cheap et manque de caractère  [les personnages clés de Falcord et du Monstre de pierre s'en trouvent dévitalisés]. Le film développe une imagerie plus impersonnelle que son prédécesseur, lorgnant davantage vers Dark Crystal ou Willow, parfois même Labyrinthe.

 

La sorcière glam-kitsch de service n'est elle-même qu'une semi-réussite, même si cette ''reine du vide'' permet au film d'établir quelques repères, faciles mais probants. Tout comme l'idée de rapprocher le père de Bastien par le compte-rendu écrit et en direct de ses aventures, elle n'est qu'un gimmick mollasson. Ces apports gratuits détruisent l'essence de Fantasia de l'intérieur ; pourquoi la sorcière s'approprie-t-elle Bastien grâce aux voeux de celui-ci ? Son imagination le conduirait donc à sa perte ?

 

En expliquant que le comportement des très nombreux méchants du récit est une conséquence de la progression du ''vide'', l'Histoire sans fin II s'égare dans une vision archaique n'invitant plus les enfants à rehausser leur point de vue. Lorsqu'ils décident que ces avatars égayant les aventures du monde des songes soient irrévocablement ''creux'', les repreneurs du titre nient tout l'apport vital de ces trublions. De la même façon que les personnages les plus aimables, les anti-héros assuraient la diversité et la richesse d'un Fantasia se réclamant sans limites. C'est la crise, le Néant se rapproche.

The Neverending Story II next Chapter* Acteurs** Scénario** Dialogues*-* Originalité* Ambition** Audace* Esthétique** Emotion*

 

Notoriété>6.500 sur IMDB ; 700 sur allociné

Votes public>4.4 sur IMDB (légère tendance féminine) ; France : 4.0 (allociné)

 

Fantasia sur Pinksataniste..... L'Histoire Sans Fin