buried_13sur5 C'est grâce à son statut de ''film à pitsch'' (ou ''de petit malin'' pour les condescendants et suspicieux) que Buried a dopé l'attente autour de lui. Il s'annonçait comme un huis-clos des plus radicaux – davantage que ses prédécesseurs ''conceptuels'' les plus immédiats ; on se rappelle de Phone Game (Schumacher) qui, bien que cristallisé autour d'un lieu hyper-étriqué, s'en échappait régulièrement. Idem, finalement, pour le sacro-saint Cube de Natali, ou la caméra se baladait au gré de la progression de ses personnages dans un univers symétrique absurde. Mais le cauchemar se veut autrement réaliste du côté de Buried : pendant une heure trente, le spectateur est aux côtés d'un jeune homme enterré vivant.

 

L'idée est excitante, mais comment se sentir emporté et ''convaincu'', comment éprouver l'empathie nécessaire au bon fonctionnement des enjeux et de ''l'expérience'', devant une représentation aussi brutale, simple et extrême, surtout lorsqu'elle s'impose sitôt le film entamé (même les films-les-plus-barbares-de-tous-les-temps fonctionnent mieux avec un préambule) ? Aussitôt, Buried expédie la formalité : 10 premières minutes essentielles, mais assez lourdes, ou le sujet découvre sa situation. Curieusement, les cris étouffent encore toute réalité. C'est trop, trop d'un coup, on l'a dit. Et pourtant, Buried est largement à la hauteur de ses promesses. Pourquoi ? Parce que c'est la résistance qui captive.

 

Dès lors, le film empile les possibilités les plus rationnelles ou évidentes. Quand il exploite quelque phobie, le recours paraît un peu opportuniste. C'est que, paradoxalement, Buried craint de se mesurer à l'horreur du contexte (ç'aurait été, il faut le dire, peu attractif – et dans son parti-pris, le film est probablement déjà suffisamment anti-commercial) et esquive sa terrifiante vérité : la solitude absolue et définitive (la grande peur viscérale derrière celle de la claustration, peut-être derrière toutes les peurs ?).

 

buried_2La compulsion du film, c'est d'éviter les temps morts. Première mesure : ne pas faire durer les égarements. De facto, cette option anesthésie un peu la rage que le contexte a de quoi inspirer. Mais, qu'importe l'orientation de la mise en scène, impossible de tourner le dos à l'urgence de la situation : in fine, cette propriété du pitsch s'avère payante (dans un tel cas de figure, comment l'ennui pourrait-il ''vraiment'' prendre l'ascendant ?).

 

Pour dépasser l'exercice de style, sinon seulement le charpenter, Rodrigo Cortés gonfle son film d'un propos politique actuel et porteur (impeccable pour s'implanter sur le marché américain) : les laissés-pour-compte des champs de bataille irakiens. Paul, entrepreneur américain, est d'abord un prolo, un lambda assimilé outil au service de sa Nation envoyé au front par les institutions de celle-ci et aujourd'hui abandonné. Sur ce terrain, Buried navigue en flou total, tirant à l'aveuglette et somme toute sans grande conviction. A terme, c'est ''séquences Les Douze Travaux'' : enfin quoi, ou trouver de l'aide, qui pour écouter jusqu'au-bout le rebut de la patrie ? Bancal.

 

Néanmoins c'est bien par cette dépendance à ''l'au-dessus'' terrestre que le meilleur arrive : car qui domine, quel est le chemin des efforts ? Sens ''civique'' ou sens ''moral'', sens des affaires ou relations humaines, quel est le credo ? A toutes les échelles, la paranoia guide la pensée ; les autres préféreront-ils se démener pour un cas individuel ou préserver une situation globale ? Ou comment démultiplier l'horreur de la condition : Paul a une aide, une main tendue et presque accessible dehors ; mais il se pourrait que ce dernier lien vers la vie le lâche après usage ; il se pourrait aussi qu'il soit trompé, que tous soit trompés, que son sort soit déjà scellé, ou sa situation irrécupérable. Buried joue parfaitement du doute et, comme les grands numéros d'équilibristes récents du cinéma horrifique, c'est en traduisant l'angoisse de ses personnages qu'il parvient à créer tout un espace de terreur, dont il laisse le soin au spectateur de se charger – et donc, de valider (nous sommes très proches de Blair Witch – infiniment plus, n'en déplaise aux promoteurs, que de Cube ou Saw).

 

C'est un film ''à sensation'' donc, dont on se délecte d'autant plus qu'il s'est engagé sur un pari rare et improbable. Le pari est relevé. En revanche, il s'avère moins ''fou'' qu'on aurait pu l'espérer. La fidélité à son programme amène Buried à ne s'ouvrir à aucune perspective trop audacieuse, incongrue ou nouvelle : autrement dit, peu de place pour l'imagination. C'était le prix d'une accroche du plus bel effet.

 


BURIED_AFFBuried** (6/10)  Acteurs*** Scénario** Dialogues*** Originalité** Ambition*** Audace*** Esthétique** Emotion***

 

Notoriété>5.000 sur IMDB ; 1.000 sur allocine ; 1.000 sur screenrush

Votes public>7.7 sur IMDB (légère tendance US & -30) ; USA : 7.9 (metacritic) ; France : 6.9 (allocine) ; UK : 7.1 (screenrush)

Critiques presse>USA : 6.5 (metacritic) ; France : 6.9 (allocine) ; UK : 7.0 (screenrush)

Note globale = 7 (3/5)

 

Enterré vivant... Oxygen + Kill Bill : volume 2 + L'Au-Delà (Fulci)

Acteur unique... Moon

Huis-clos... Panic Room + Cube + Alien, le 8e passager + Creep + 30 jours de nuit

Thriller horrifique espagnol... Intacto + La Secte sans Nom + Fragile + Rec

Thriller espagnol... TimeCrimes/Los Cronocrimines + Entre les Jambes

Cinéma espagnol... Agora + Kika + La Mauvaise Education + Volver + 28 semaines plus tard + La langue des Papillons + Ouvre les Yeux

Suggestions... Saw + A l'intérieur + Le projet Blair Witch