Cet article évoque les quatre opus de la saga "Die Hard", chacun de façon isolée.


PIEGE DE CRISTAL - DIE HARD ***

DH1G26211872414523sur5  C'est le film d'action américain dans toute sa splendeur et ses limites, aux failles abyssales et aux sommets olympiens. Après le succès de Predator, John McTiernan a carte blanche : il récupère un scénario qu'il édulcore volontiers pour ouvrir la voie à une nouvelle démarche de genre. Au diable les agents secrets idéalisés, les héros-modèles, John McLane est un Monsieur-tout-le-monde dans les grandes largeurs, à ceci près qu'il est flic et accessoirement l'homme toujours ''au mauvais endroit au mauvais moment'' [et aussi un mec misogyne] : c'est le postulat de Die Hard, décliné dans ses suites.

 

Piège de cristal initie le concept de l'action 100% décontractée, mariant légèreté revendiquée et spectaculaire, humour ''impromptu'' et violence frondeuse. Un vrai défouloir, mais pas seulement : la mise en scène est virtuose et après la linéarité assourdissante de Predator, McTiernan étonne. Le terrain de jeu de la prise d'otages dont McLane est le fâcheux point de détail imprévu, une tour de 40 étages, est un théâtre de tous les contraires [ambiances, échelles de plans, filtres, lieux ''souterrains'' ouverts à tous les possibles/lieux ''clinquants'' et QG] ou le tâcheron devenu cinéaste embrasse l'espace avec une maîtrise défiant tous les Heat : la mise en scène est un modèle d'élégance, modèle définitif dans son genre.

 

dh1_G26211535931945Le film gagne aussi à être ancré dans un relatif réalisme social [plus vif dans le script initial, mettant en scène d'authentiques terroristes au lieu de cambrioleurs de haut vol], écho souvent absent chez des pontes de l'action, comme Cameron en général [exception faite de son Terminator]. Jamais sentencieux pour autant, Die Hard ne freine pas devant les clichés, mais a le mérite de prendre ses accès sentimentalistes généralement à revers. Du coup, lorsqu'un flic black retrouve la gachette, son ennemie intime depuis qu'il l'a usée à tort, pour l'employer au moment propice, on est un peu désolé de constater pareil élan réac : mais aussitôt une fois encore le film enchaîne sur une vanne de McLane.

 

Idem pour l'aspect ''famille'', qui paraît malvenu, ou tout simplement lourd. Malgré sa malice, Die Hard n'évite pas ce soupçon de gravité qui le rattache au foyer du tout-public : encore un peu timoré dans le fond. Sa désinvolture ne l'est pas moins : le couple de durs à cuirs est évidemment sympathiques, mais les coups de gueule de Madame, aguicheurs mais terriblement naifs [platement démagos ? -mais sans plus de raison de s'inquiéter-]. Il en va de même pour la répartie inlassable de McLane qui tient souvent de la pochade nanardesque. Die Hard veut accentuer et faire cohabiter élégance suprême et lénifiante bourrine attitude et y parvient. S'il s'amuse -et nous convainc-, de façon un peu appuyée mais sans virer à la démonstration, des stéréotypes qu'il convoque [les Johnson et Johnson du FBI ; puis les autres, car chacun en prend pour son grade – ''méchants'' très charismatiques cependant et heureusement], Die Hard manque cependant d'élaboration au-delà du côté strictement formel. En substance, les rouages de sa ''coolitude'' sont trop visibles et donc ne fonctionne pas [ou plus ?] toujours. Néanmoins, nous tenons là une référence des 90's [elle engendre un type d'héros moderne nouveau] dont la dynamique du trivial sophistiqué [interchangeable] jouit et jouira longtemps de beaux restes.


die_hard_1_afficheDie Hard**-*  Acteurs*** Scénario** Dialogues** Originalité** Ambition*** Audace** Esthétique***-* Emotion**-*

 

Notoriété>177.000 sur IMDB ; 15.000 sur allociné (meilleur score de la saga)

Votes public>8.3 sur IMDB (110e du top250 historique – sensible tendance masculine) ; USA : 8.8 (metacritic) ; France : 9.0 (allociné)

Critiques presse>USA : 7.0 (metacritic)

Note globale selon Cinemagora → 8.3

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58 MINUTES POUR VIVRE (DIE HARD 2) **

Die_Hard_2_43sur5 Les suites de Die Hard reprendront le même principe du flic embarqué dans de périlleuses aventures à cause de sa poisse exemplaire, quoique John McLane ait souvent beaucoup de chances dans ses malheurs. Un peu moins aimé que Die Hard 1 & 3, le second opus de la saga est confié à Renny Harlin, piètre (et parfois sympathique) réalisateur. La preuve par le CV : précédemment, son Freddy 4 est l'un des pires opus de la fameuse saga ; plus tard, dans les années 2000, Peur bleue un navet complaisant ; L'exorciste, le commencement, un film qu'on lui confie après l'éviction d'un premier metteur en scène ; tout de même, Profession Profiler surnage largement.

 

Die Hard II se déroule dans un aéroport soumis au contrôle de pirates terroristes [encore !? - et issus de terres traditionnellement ennemies des USA, pour l'anecdote] tentant de libérer un de leurs otages en ordonnant que le débarquement des vols soient ''suspendus'' et menaçant la vie de milliers de passagers. Plus bavard que le premier, Die Hard II est bourré de facéties [les morts ou situations grand-guignolesques sont multipliées], sans doute plus amusant, d'autant que le scénario réserve un fort quota de rebondissements, mais en contrepartie moins voluptueux [la mise en scène en tout cas l'est nettement moins, loin des raffinements de Piège de cristal].

 

Si l'écriture paraît perdre encore en subtilité, et les personnages parfois manquer de chaire [dans le genre relations bidons bien développées dans des échanges explicatives à la naiveté absolue, le film dépasse même de quelques foulées son prédécesseur], la mécanique de 58 minutes se déploie sans entraves, grâce à une intrigue se voulant un peu plus ''complexe'' et surtout des allures de spontanéité qui font le charme des réalisations de Harlin. Les moments ''émotions'' assez mal flanqués dans Die Hard [heureusement peu expansif sur ce plan] fonctionnent ici. A l'image du film, ils sont un peu trop fabriqués, mais suffisamment espiègles pour prendre du relief à l'écran. Dommage que les scories grasses d'Hollywood viennent briser le bel équilibre du film dans son dernier quart-d'heure : signes de croix avant atterrissage, prière déclamée et filmée avec emphase, overdose de bonnes nouvelles confinant au burlesque fanfaron -et made in US quand même... Cet élan de joie n'est pas partagé, même s'il ne doit pas tromper sur la qualité du métrage.

 

Il y a un grand regret cependant, que beaucoup ont émis : un JCVD en plus émacié, les narines dilatées et le regard vide et fixe, ça ne fait pas un méchant. Celui-là n'a pas le charisme et encore moins le goût de la petite vanne subversive, de ceux des opus de McTiernan [Die Hard 1 & 3]. La vraie gueule, ici, c'est Grant/John Amos, hilarante caricature sur pattes de major obstiné avant que son portrait ne devienne le plus obscur et donc le plus intéressant de tous. Plus violent, plus subtil formellement mais extrapolant des faiblesses de son prédécesseur [en somme, plus d'idées, moins de suprême élégance pour les représenter], 58 minutes est un bon divertissement, pas sans quelques lourdeurs, mais tendu, efficace et bien sûr spectaculaire.

 

Die_Hard_2_1Die Hard 2** Acteurs*** Scénario**-* Dialogues** Originalité** Ambition*** Audace**-* Esthétique** Emotion**-*

 

Notoriété>80.000 sur IMDB ; 10.000 sur allociné (moins fort de la quadrilogie)

Votes public>7.0 sur IMDB ; France : 7.3 (allociné) [moins forts de la quadrilogie, très proches de DH4]

Note globale selon Cinemagora → 7.1

 

Aéroport/avion sur Pinksataniste....  In The Air + Aviator + U.S.Marshals

Renny Harlin sur Pinksataniste... Freddy 4 + Peur Bleue + Profession Profiler


 

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UNE JOURNEE EN ENFER (DIE HARD 3) ***

une_journee_en_enfer_1995_5843_15453081463sur5 Après le réussi mais finalement frustrant 58 minutes pour vivre, John McTiernan reprend le poste de metteur en scène pour la seconde suite de son Die Hard avec lequel il redéfinissait les règles du blockbuster action hollywoodien. Plus question de huis-clos, il s'agit cette fois d'un jeu du chat et de la souris enveloppant toute la ville de New York. Et il y a toutes les raisons de se réjouir, car revenu à New York [et ayant, de surcroît, perdu contact avec son épouse toujours à LA], John McLane est plus que jamais dans son élément.

 

Les méthodes se sont affinées et la fuite vers un humour saccadé cède beaucoup de terrain à l'action pure ; plus rentre-dedans, Une journée en enfer prend son petit monde de front. Bien plus foisonnant, bourré de détails piquants et de situations rocambolesques [les fans en auront pour leurs anecdotes], Die Hard 3 bénéficie surtout de ses recrues de qualité, à savoir Samuel Lee Jackson et Jeremy Irons. Mais le progrès est à tous les étages, l'ensemble des personnages dépassant l'état de cliché au lieu de se contenter de le ''parodier'' comme c'était le cas dans Die Hard premier du nom [pas tant pour le second opus, quoique très niais pour le traitement de ses atouts bloqués en altitude] ; toujours un peu démonstratif au départ [Lee Jackson avec ses enfants dans la scène d'exposition], le film fait voler en éclats toutes les figures imposées avec lesquelles il flirte.

 

Plus vif que jamais et même assez destroy, Une journée en enfer vire au buddy-movie en parvenant à esquiver la pochade potache. Au contraire, le spectacle, pourtant plus opportuniste et sarcastique que jamais, en est contemporain, s'acharnant à sautiller auprès des limites du politiquement correct [tout en restant, naturellement, sage malgré tout]. Il faut surtout louer les petites énigmes pédagogiques de ce méchant machiavélique, maniéré et vicieux [quand celui de Piège de cristal était trop ''typique'' sans doute, trop ''normé'', si cruel fut-il]. En faisant agir à distance McLane et son acolyte [''Jacques a dit...''], dès lors tout est permis et c'est cette ouverture qui donne toute l'envergure de survival urbain déjà côtoyée dans Die Hard. Pour le côté déceptif, la réalisation, bien que très ambitieuse et d'une efficacité ahurissante, n'a pas la grâce de celle de l'original. Mais c'est assurément le seul aspect ou Die Hard 3 ne tire pas le potentiel de son modèle vers le haut.

 

diehard3_fr2Die Hard : With a Vengeance**-*  Acteurs*** Scénario**-* Dialogues*** (mais oui !) Originalité** Ambition*** Audace**-* Esthétique**-* Emotion**-*

 

Notoriété>86.000 sur IMDB ; 14.500 sur allociné (2e derrière DH1)

Votes public>7.4 sur IMBD (sensible tendance -30) ; USA : 8.1 (metacritic) ; France : 9.1 (allociné – avant nouveau barème ; 167e film du top250 selon le nouveau ; très proche de DH1)

Critiques presse>USA : 5.8 (metacritic – moy.pondérée – le moins fort des 3 cités, soit derrière DH1 & DH4)


 

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DIE HARD 4 - RETOUR VERS L'ENFER  *

 

dh4_lfdh11sur5 Souvent, l'opus ''de trop'' d'une saga se reconnaît à un contre-pied malheureux, l'option pour la banalité (soit l'avatar ou recours évident). Forcément, il s'en trouve en décalage avec ses prédécesseurs ; cela, on l'admettra. Presque quinze ans après le dernier opus de la saga Die Hard, le refus d'assimiler son style est, hypothétiquement, tout à l'honneur d'une entreprise qui manifeste ainsi sa volonté de redonner un sens ''contemporain'' au modèle dont elle s'approprie le nom.

 

Malheureusement, Die Hard 4 est un sacrifice de tout ce qui a fait la force et le charme d'une franchise qui dans les 90's représentait ce qu'Hollywood pouvait faire de mieux dans le domaine de l'action. Ici, les facéties sont disséminées en quelques lambeaux vaguement fidèle à cet esprit opportuniste et indiscipliné, atout bancal du tryptique originel : le mot pour détendre est rare et faux, désormais. L'absence de cette illusion d'un spectacle spontané pèse lourd et ôte son semblant d'énergie à ce ''retour vers l'enfer''. Nous trouvons là un film d'action passe-partout, 100% ancré dans son époque effectivement, 100% docile et conforme à ses standards aussi.

 

Après l'immeuble, le site aéroportuaire puis la ville-état, l'échelle grandi encore : cette fois, c'est l'état tout court et tout entier que les ennemis de l'Amérique tentent de s'approprier. Ils ne sont plus les mêmes, ces vrais ou faux terroristes, et puis le 11 septembre est passé par là : cette fois, les méchants sont des hackers. Que les puristes ne s'inquiètent pas : les petits derniers, encore plus fort que les pas gentils charismatiques d'avant, citent carrément Lénine ! On savait que le propos des Die Hard n'avait jamais volé haut, mais cette fois c'est un record. Et un bel anachronisme, pour le coup.

 

L'idée d'un buddy-movie générationnel, dont la mise en place est cohérente après la tournure quelque peu ''Arme fatale'' de Die Hard 3, est plus intéressante. Mais le principe est mal pourvu tant les deux témoins ne sont que d'horripilantes singeries du réel auquel le film voudrait se raccrocher. John McLane n'est plus le petit réfractaire à l'autorité et ressemble ici à une sorte de version décontractée du Mel Gibson contemporain [celui de Ce que veulent les femmes et Hors de contrôle] ; le chien fou devenu ''adulte'' quoi, ou simple vieux con s'assumant fièrement comme tel. Willis est un père hors-du-coup, un flic déshérité, mais bon, il est cool, il paraît qu'il a vécu, alors tout va. Le portrait de l'ado qu'il est chargé de protéger frôle quand à lui la plate bouffonnerie. C'est un jeune geek aux idéaux pré-mâchés, tendance paranoia post-moderniste et hégémonique. Et jusque-là tout va bien, il y a même matière à s'amuser. Puis ça tourne mal...

 

D'abord l'enjeu est simple : le dinosaure saura-t-il encore faire face à ses adversaires omniscients à l'heure du tout-numérique ? Désuet, bidon même, mais pourquoi pas. Mais il n'y a pas que ça qui préoccupe McLane, bientôt métamorphosé en moraliste alors qu'à ses côtés le puéril contestataire se repent lorsque le chaos surgit, pour de vrai. Ce pas franchi, avec une dose abusive de sérieux plombant, n'existe plus que le surplace frénétique, la péripétie sans grâce [une petite farce ludique tout de même – le montage ''spécial USA'']. Les relans prohibitifs, aussi, eux dont il n'était pas question dans les films de McTiernan.

 

A l'arrivée, ce n'est rien d'autre qu'un outil de genre ''bien'' fabriqué [deux scènes épatantes se démarquent ; l'assaut de l'appartement du jeune homme et le combat avec la fiancée du commandant pirate très affecté] par un yes-man, comme on en a vu et en verra à tant d'autres occasions. C'est très peu et c'est surtout très loin d'une résurrection. Juste une façon de ranger une marque mythique dans la grande étagère de la bouillie débilitante qui est le lot hebdomadaire (pour schématiser) de l'action-movie contemporain. Alors oui, pas de quoi s'insurger, Die Hard 4 est un produit de son époque.

affiche_die_hard_4_1_Die Hard 4* (3/10) Acteurs* Scénario* Dialogues* Originalité° Ambition** Audace* Esthétique°-* Emotion°-*


 


Classement : Die Hard 3 (l'accomplissement des dispositions de la franchise) = Die Hard 1 (esthétiquement, le meilleur) / Die Hard 2 (bilan contrasté mais sympathique) / Die Hard 4 (die hard 4)