les_nerfs___vif_13sur5 Avant Shutter Island, Scorsese avait déjà conçu un thriller du dimanche soir de haute-volée avec ces Nerfs à vif à peine moins boursouflés. Ce qui fait la différence et le charme de cette oeuvre de commande, c'est le côté presque ''bis'' et insidieusement scandaleux de sa surcharge symbolique, un peu à la façon d'un Verhoeven. Initialement, ce remake du film éponyme de Jack Lee Thompson était l'affaire de Steven Spielberg, mais Scorsese ayant décliné la proposition La Liste de Schindler, les deux cinéastes intervertissent les deux films. Que la mise en scène d'une production Spielberg soit confiée au réalisateur de Raging Bull est néanmoins étonnant, tant la sensibilité des deux personnages est profondément antagonique. Scorsese refaçonne alors le scénario, trop consensuel à son goût, pour y inscrire la matière d'une réflexion sur le péché et le pardon, le scrupule et la malléabilité des frontières morales.

Le classique face-à-face est dès lors mué en passionnante guerre psychologique opposant un anti-héros contradictoire à un adversaire cruel, désespéré et incurable. La loi est le champ de bataille officiel de ces deux figures complémentaires et liées par leur histoire, l'ex-détenu détournant le pouvoir judiciaire pour faire apparaître comme son bourreau l'avocat qui, heurté à un dilemme moral, le désavouait une décennie plus tôt.

Ici tout est surligné, outré, amplifié. Cette tendance à la grandiloquence [quelquefois un peu stérile, souvent grisante], peu récurrente chez le cinéaste, énergise cependant ce petit projet calibré. Moins puissant et élégant que la plupart de ses autres standards, Cape Fear est envisagé comme un terrain de jeu ou d'expérimentations par Scorsese qui ose des travelling et fondus assez brutaux. La seconde partie du programme, ou quand le piège se referme, est moins stimulante et intéressante esthétiquement ; la caméra est moins folle, le mouvement du film lui-même devient très conventionnel et il n'y est plus question que d'illustrer l'épilogue de tout ce qui a précédemment été cogité.

La structure du film est solide et aguicheuse, sa vérité élémentaire mais cinglante. Le relatif détachement de Scorsese par rapport à Cafe Fear est sans cesse contrebalancé par sa toute-puissance cinégénique ; le film intrigue par son bouillonnement contenu, son côté ''premier jet'' luxueux, l'élan kitsch de ses effets gratuits et clinquants très 90's.

Ce film presque malade est imprégné par les géants qui le traversent et lui donne le relief le distinguant décisivement de l'état d'opulente bagatelle de tâcheron dissipé ; car les acteurs sont là, ils sont assez grandioses et leurs performances, elles, sont achevées. Retrouver Juliette Lewis ici prend une nouvelle dimension vingt ans après la sortie du film, tant celle-ci campe les bases d'un personnage décliné plus tard sous toutes ses facettes, celui de l'ingénue aux prises avec ses démons ou ceux d'un environnement malveillant [l'éternelle observatrice impliquée assiste ici au démantèlement de la structure familiale, point inégalement concluant du film]. Aux côtés d'un DeNiro ébouriffant grimmé en sorte d'Hannibal roturier [au narcissisme cheap et sans le fétichisme], elle est déjà le pivot d'un conte aux relans trashs, discrètement explicité lors d'un plan-séquence scabreux entre les deux monstres.




 


les_nerfs___vif_afficheCape Fear-remake** Acteurs**** Scénario** Dialogues**-* Originalité**-* Ambition**-* Audace**-* Esthétique**-* Emotion**

 

Notoriété>50.000 sur IMDB ; 2.500 sur allociné

Votes public>7.2 sur IMDB ; USA : 8.1 (metacritic) ; France : 7.5 (allociné)

Critiques presse>USA : 7.3 (metacritic : autant que Casino)

Note globale selon Cinemagora → 7.3

 


Scorsese sur Pinksataniste.... Casino + Taxi Driver + Les Affranchis + La Valse des Pantins + Raging Bull + Aviator + Shutter Island + Kundun

Robert DeNiro sur Pinksataniste.... Mafia Blues + Mon beau-père et Moi

Juliette Lewis sur Pinksataniste.... Kalifornia + Tueurs Nés