babel_12sur5 En l'espace de trois films, Inaritu s'est consacré en tant que raconteur officiel d'histoires de gens qui pleurent [tout le temps], rient [moins], vivent [à Madrid comme à Tombouctou, on fait ce qu'on peut ma p'tite dame] ; toujours le même film en somme, mais attention nuance, après l'accueil triomphal réservé à ses Amours chiennes et 21 grammes, le cinéaste, probablement sujet au complexe de l'Everest, jette son dévolu sur le monde entier.

 

Un objet autour duquel se croiseront une poignée de destins socio-géo-culturellement dissemblables intervient en tant que levier du film choral et motif d'embarquement immédiat pour le world tour. Le hasard en poche et de lourdes symboliques en bandoulière, ce fusil, révélateur de solitudes étouffées sous la couche de vacarme d'un Monde pressé, est surtout appelé à n'affirmer qu'un principe, univoque et irrévocable, celui de la réunion des hommes dans la misère. Entre métaphysique cheap et misérabilisme soft, Babel ressasse que nos univers ne sont qu'un leurre, puisque sitôt que nos apparats disparaissent, tout ce qui fait la diversité des hommes s'évapore dans le même mouvement : dites ''ôtez vos masques, à poil vous êtes tout pareil'', ça fait autant illusion sinon aussi raffiné à une ou deux nuances près (ne poussons pas le vice jusqu'à en déduire qu'Inaritu entretiendrait des affinités "conceptuelles" avec Sébastien Cauet - contentons-nous simplement de méditer là-dessus un instant).

 

babel_2Nombreux parleront encore d'une histoire de ''tout'', slogan bien trop souvent consommé qui pour d'autre se confond avec couverture d'histoire de ''rien''. Loin d'être sans idée, la narration s'articule avec abnégation, s'effaçant entièrement devant une étude plus qu'approximative et surfaite de la nature humaine. Ne se fondant que sur des lieux communs servis dans un langage stérile et sophistiqué, Babel mise l'essentiel sur l'émotion instantané. Mais le recyclage de vérités universelles rebattues depuis un bon millénaire et demi, aussi primaire et linéaire de surcroît, pose problème pour un film entendant dresser l'état des lieux du monde contemporain.

 

C'est pourtant cette ''sensibilité'' pachydermique qui rend, par à-coups, attachant cet édifice à la fois lourd et fragile. Niais dans la forme, frêle dans le fond et dans sa façon de distiller l'émotion, Babel prétend n'exister que dans une perpétuelle démarche humaniste, mais son parti-pris est trop verrouillé pour dépasser l'état de vignette défonceuse de porte ouverte. Persuadé que le reste n'est que fioriture, Inaritu dépouille son film de toute autre visée que la pure et simple illustration de cette manie qu'on les hommes de tomber pour toujours se relever un peu plus péniblement. Il esquive ainsi toutes formes de complexité, comme si l'essence de l'humanité ne l'intéressait pas mais seulement ses stigmates affectées les plus voyantes et machinales. Babel se contente ainsi d'observer le sort de ses sujets avec déférence, mais son labeur appliqué ne parvient jamais à en faire davantage qu'un reportage mutique et faussement impudique.

 

babel_afficheBabel** Acteurs*** Scénario* Dialogues** Originalité* Ambition** Audace* Esthétique** Emotion** Musique***

 

Notoriété>92.000 sur IMDB ; 7.700 sur allociné ; 500 sur metacritic (chiffres importants)

Votes public>7.6 sur IMDB ; USA : 5.4 (metacritic – échantillon conséquent et vraisemblable – mais aucune caution quand à sa valeur représentative) ; France : 7.5 (allociné)

Critiques presse>USA : 6.9 (metacritic) ; UK : 6.9 (screenrush) ; France : 6.5 (allociné)

Note globale selon Cinemagora → 7.3