bonnie_clyde_14sur5 Le film-culte d'Arthur Penn n'est que la troisième adaptation ciné des aventures du couple de gangsters. C'en est une version idéalisée et romantique, dans la veine ou s'inscrit la reprise de la même légende par Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot dans leur chanson, composée elle aussi en 1967 et largement inspirée du poème rédigé par Bonnie [et réellement publié, à l'époque des faits, dans les journaux]. Très ''Nouvelle Vague'', le projet faillit échoir entre les mains de Godard ; Truffaut fut également évoqué. C'est d'ailleurs ce dernier qui, quelques années plus tard, signera une Sirène du Mississipi entretenant de nombreuses correspondances, sur le papier, avec Bonnie & Clyde.

 

C'est un parti-pris manichéen et ''tendance'' que le film puise dans ce maillon fort de la mythologie américaine et de sa contre-culture. Car ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont a-priori le fantasme parfait de toute génération. Et puis, ils ont de la sympathie pour les ''petites gens'' infortunés [leur noblesse d'esprit ne les empêche pourtant pas, si besoin est, de voler dans de petits commerces]. Mais l'idée est aussi de détourner les clichés hollywoodiens en les faisant sortir de leurs gonds ; il s'agit d'emprunter des formes lisses, soudain munies de discours contestataire.

 

Tout tient à cette inversion des rôles et à ce militantisme, aux traits et recours évidents aux yeux du spectateur d'aujourd'hui. Bonnie & Clyde sont, ont une pensée, très caricaturale ; leur anticonformisme, leurs valeurs, reposent sur des fondements un peu factices que les années révèlent. Néanmoins, la démarche est forte, elle tranche en son époque, choisit ouvertement à quel public elle préfère se confier, tournant le dos à toute l'Amérique réac qu'elle vilipende. Ce n'est pas toujours d'une finesse exemplaire [les portraits sont parfois simplistes, notamment celui de l'horripilante Blanche, petite bourgeoise hystérique et inepte], mais dans son contexte [qu'il maîtrise assez mal, ou plutôt qu'il n'a le courage ni l'envie de citer avec précision] historique, c'est un geste plus que louable.

 

bonnie_clyde_2Ces deux robins des bois sont parfois contradictoires et pêchent par naiveté. Si l'iconisation est manifeste, les personnages sont ambigus. Entaché de façon permanente en arrière-plan, leur éclat d'idole n'en est que plus complet. Parce que leur rêve brillant et tapageur leur échappe, ces figures s'en trouvent d'autant plus nouvelles, presque iconoclastes, en dépit d'un manque de profondeur. Cette histoire de grands ados tentant de dévorer la vie mais freinés dans leur émancipation est opportuniste, bien sûr, à la veille des événements de 1968 ; pour les mêmes bonnes et mauvaises raisons, elle est parfaitement à sa place, constructive dans le sens ou elle se fait repères quand ceux-là manquent, justement.

 

A bien y regarder, le film n'est pas si démago et intègre bien ces contradictions dont il joue à loisir, jusqu'à trouver le juste équilibre, la mesure entre empathie pour son sujet et propagande avouée [soit complètement offerte et, logique, absolument pardonnée]. Preuve en est faite avec cette scène édifiante ou, après que le gang ait ramassé un couple de BCBG dont il avait volé la voiture, tandem que le frère de Clyde saura mettre à l'aise, Bonnie interrompt la fête pour exclure ses nouveaux compagnons. Elle se révèlent alors pétrie de préjugés, de peurs, et même astreinte à une frilosité, intellectuelle comme ''aventurière'', que contredisent, camouflent, voir occultent sciemment ses comportements. D'ailleurs, n'a-t-elle pas cédé à un discours de beau parleur, à la limite de la psychologie mercantile, lorsqu'elle s'est lancée sur les sentiers qu'elle foule désormais ?

 

Même s'il laisse filtrer leurs failles, le film ne renonce en rien à affirmer fermement sa posture, accordant bientôt à ses héros le statut de martyr, pendant qu'il fustige les victimes complaisantes et la police plus encore. C'est tout un symbole, élémentaire mais d'une audace inouie, qu'il offre là à une génération muselée. Mais Bonnie & Clyde témoigne d'une acuité et d'une adresse toute autre lorsqu'il démontre que seule une femme peut restaurer un homme dans sa virilité [Clyde préfère, un long moment, se persuader que l'amour est l'affaire d'autres, claironnant le regard bas, solennel, qu'il n'est ''pas fait pour'']. Finalement, ce souffle de liberté n'est pas entièrement galvaudé et il faudra quelques décennies encore avant que l'élan progressiste du film ne sombre dans la vétusté.

 

Moins jusqu'au-boutiste qu'Easy Rider dans son raisonnement, mais intègre et sans compromis, le film de Penn vaut surtout pour sa virulence et la représentation crânement sophiste de ses deux piliers. Aussi la réalisation est simple ; c'est de toute façon un élément secondaire ; comme la vérité historique, elle passe après. D'autant plus universel, le propos ne souffre que peu de son manque de déférence à ce sujet, qui toutefois lui interdit dans une certaine mesure les sommets de virulence du film d'Hopper.


 

bonnie_clyde_afficheBonnie and Clyde*** (8/10) Acteurs*** Scénario*** Dialogues**** Originalité*** Ambition***** Audace**** Esthétique***-* Emotion***-*

 

Notoriété>40.000 sur IMDB ; 1.200 sur allociné

Votes public>8.1 sur IMDB (218e du top250 – tendance US) ; France : 8.0 (allociné)

Critiques presse>USA : 8.1 (metacritic)

 

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