colere_mocky_12sur5 Petit événement vendredi soir, tout petit, mais enfin, il s'agissait du transfert de Jean-Pierre Mocky, le dissident du cinéma français, vers la télévision. Laissons l'intéressé s'exprimer à ce sujet : « Au départ, Colère n’était pas un film pour la télévision : je trouvais le sujet trop dur. Mais je me suis aperçu que France 2 était intéressé, ce qui m’a assez surpris (...). Je ne pensais pas que la chaîne pouvait être engagée. Ceci dit, la télévision doit s’ouvrir, elle doit aussi apprendre à faire des films différents. Elle ne peut pas ignorer brusquement qu’il existe de réels problèmes de société. Il est évident que diffuser un tel film est à l’avantage de France 2 et prouve ainsi que la chaîne est à l’écoute de son temps ».


 

Mocky et les combats sociaux : la grande histoire, le couple à étincelles ! Une usine atomisée, des ouvriers sacrifiés, un village sous le choc, des vautours impudents... L'auteur affirme son parti-pris, choisit son camp, celui du vengeur populaire, en somme. Le sujet est fort et pris à bras-le-corps, pourtant rien n'en ressort, tout juste les restes d'un élan frondeur supplanté sur un échiquier simpliste et didactique, loin des peintures acides du personnage qu'on sait roublard et courageux.


Sa mise en scène a toujours été jugée ''pauvre'', sans doute pas à la hauteur de ses ambitions, quitte, pour certains, à les annihiler quelque peu ; mais Mocky a toujours fait son cinéma, électron libre seul dans son coin et qu'il vaut mieux ne pas venir déranger. Avec les piteux critères ''sociologisant'' de France Television, souvent louables au départ mais creux, n'existant que pour eux-même [le racisme c'est pas bien, les communistes ont souffert ; posture civique, mais qui ne tient qu'à démontrer que l'eau, ça mouille], sa verve n'est même plus une caution, elle passe à l'arrière-plan.


Au final, rien de plus qu'une histoire d'agitation ouvrière et de pantins rebelles dans un petit contexte bucolique ; Mocky et ses loufoqueries percent encore, on relève quelques scènes assez absurdes, un peu mordantes [le notaire qui vit et dort avec sa mère, etc.]. Tout ça ressemble à ses ''trucs'', en effet, bien qu'à l'arrivée ça ne soit en mesure que de faire sourire dans les chaumières au coin du feu. C'est de la télé dans sa définition la plus basse : on jette un coup-d'oeil en passant ; tiens, Mocky fait toujours dans le social ! A son tour de venir faire du remplissage pour le petit écran ?

 


Tout a l'air et est faux : l'écriture ôte toute vie à l'écran et la platitude anéanti toutes les visées politiques. Surtout, Mocky se coltine un armada d'acteurs plus ou moins avérés, parmi lesquels Renucci et Christiana Reali surnagent [d'autant plus aidé par la passion évidente de Mocky pour le couple qu'il forme, sorte de figure de style à l'écho hitchcockien revendiqué – il est un admirateur d'Hitchcock, lui a même dédié une série TV]. Sans doute pour imposer un ton burlesque que Mocky aurait invoqué, l'ensemble des comédiens se livrent à des prestations théâtrales d'autant plus déplorables que l'humour de boulevard de Colère appartient à un autre temps et donne le sentiment que jamais cette petite entreprise ne sait assumer sa position, préférant biaiser vers le gag pépère, la complaisance champêtre.


 

Plus grave, on en vient à se demander si Mocky n'a pas été sommé, probablement par intermédiaire, de se mettre au service des héros de la culture beauf de masse [ou de l'RTL des heures grasses] : Laspalès, ici, dans un téléfilm ''à charges'' ? Que se passe-t-il donc : ''bankable'' par définition, le bonhomme est venu faire sa critique de l'aristocratie, dont il feinte d'être un membre. Soyons francs, on y croit presque : curieusement, il est l'un des seuls à envisager son rôle avec sérieux. Que ça lui tienne à coeur n'est pas forcément plus stimulant, mais techniquement parlant, c'est tout à son honneur.


 

Non, le pire, c'est bien Michèle Bernier. Parce que la Michèle, ce qu'elle a compris, c'est qu'ici la hauteur du point de vue doit dépasser celles des comédies penaudes et balourdes auxquelles elle s'est toujours cantonnée. Et c'est stupéfiant : avec des réparties particulièrement triviales jusque dans leur volonté de schématiser un personnage des plus cyniques, elle parvient à articuler ses dialogues comme le font beaucoup de ces interprètes d'adaptations littéraires pour la Tv : à la façon de vestiges d'un autre temps, de vieille routières venues faire de la figuration tout en étant au fait qu'elles ne sont pas DU TOUT à leur place [genre, Line Renaud]. On écarquille les yeux et détache bien ses mots. Voilà, Momo est bien l'une des pires actrices française, de celles qu'on fait se balader devant des caméras pour leur charisme naturel, leur grande-gueule, leur physique qui casse tout ou leur comportement rentre-dedans.


 

Il serait sans doute un peu cruel d'affirmer que France2 vient d'enterrer Mocky, mais ce dont on peut être certain, c'est qu'elle étouffe totalement sa voix. Tout de même, puisqu'il s'agissait de lui confier la case du vendredi/première partie de soirée, force est d'admettre qu'on s'en doutait un peu. Ce cancre insoumis mérite mieux que de se voir réduit par les canons télévisuels [souvenons-nous des fulgurances d'A mort l'arbitre !] : espérons que ne se reproduisent pas de telles assignations.