dupont_lajoie_24sur5 Sorte de chronique Grolandaise amère, désabusée et sans complaisance, animée par des cousins à peine dégénérés des Deschiens, Dupont Lajoie est une expérience pénible, une étude maladroite et relativement trash de la démence et de la bêtise triviale de la souche française [comme a pu l'être le brillant et méconnu A mort l'arbitre !]. Si la démonstration paraît excessive, presque abusive, sa noirceur frénétique est justifiée en permanence par la vérité de ce voyage sans pudeur ni artifices, voué tout entier à sa capture d'une réalité élémentaire, sordide et morose. L'analyse est acide, le reportage sans montage, commentaires ou autres effets relativisants.

 

En quelque sorte, Dupont Lajoie fait éclater au grand jour l'envers de la franchouillardise [envisagés au premier degré, les gendarmes de st-tropez perdent de leur bonhomie inconséquente] ; ce mouvement ressemble à celui d'un aveu, inédit à l'époque ou sort le film, soit peu de temps après l'ère De Gaulle. Bien que celui-ci soit fondé sur de patentes caricatures, celles-ci sont toujours vraisemblable car le film dépasse le simple étalages de clichés et la démonstration des ''tares'' et préjugés de ses sujets [sans l'esquiver pour autant ; attrait pour le voyeurisme malsain, bêtise imbue, piteuses habitudes entretenues avec une crâne auto-satisfaction...] pour dresser le portrait d'une société pas même parallèle, mais basique, fondamentale, celle du white trash français.

 

dupont_lajoie_1Mais dans le camping géant est réuni un plus large panel, les BCBG se mêlant parmi les bidochons, partageant désormais ses étés avec une France du fond qu'elle se plaît à évangéliser mollement à l'occasion, mais qui surtout la rassure dans ses propres certitudes. La dénonciation se fait nuancée, même si sa francophobie se veut radicale et sans ambiguité. Selon Dupont Lajoie, cette médiocrité générale connue de tous, passée sous silence ou à la véracité peu considérée, est confortée par une soif d'ordre commune, tout le système judiciaire se pliant au besoin lorsque quelques brebis égarées se sont laissées aller à quelques encartades. Accusant ainsi clairement les autorités de composer avec le mainstream pour ménager la bonne santé de la pyramide sociale, le film prend un total contre-pied du racolage ambiant [qu'illustre à gros traits la prestation de JP Marielle en présentateur TV condescendant et faussement empathique] consistant à jouer de la monstruosité ordinaire en la confortant dans ses repères.

 

L'un des coups de force d'Yves Boisset est de détourner des acteurs au profil sympathique, populaire, pour illustrer la bêtise odieuse et outrée de monstres imparables, laquelle, couplée au ricard et à leurs tics de langage préfabriqués, est leur seule essence. Il y a cependant de quoi tressaillir autant devant ces bourreaux trop affreux que face à ces proies trop angéliques pour qu'on accepte de s'y reconnaître, ou simplement d'apporter crédit à une vision bigger than life. En dépit du choc assurément un peu surfait de ces deux entités symboliques, ou le pan des victimes demeure trop neutre et effacé, la démarche est cohérente et peut se targuer du mérite de mettre les deux pieds dans le plat, ce qui n'est jamais que la juste mesure lorsqu'on entend réveiller quelques traumas passés [avec fracas ou non] dans le domaine public.

 

dupont_lajoie_afficheDupont Lajoie***  Acteurs**** Scénario*** Dialogues**** Originalité*-* Ambition*** Audace**** Esthétique*  Emotion*** (certains critères sont impropres à être évalués, car foncièrement contradictoires)

Notoriété>300 sur IMDB ; 300 sur allociné

Votes public>7.3 sur IMDB ; France : 7.5 (allociné)