kick_ass_10sur5   A l'heure ou les adaptations de comic-books tendent à galvauder leur crédibilité dans des exercices de style paumés dans les cendres des Spider-Man ou Batman seconde époque, Kick-Ass vient s'assumer en héritier et investi le terrain avec abnégation. Il sera condensé de pop-culture ou ne sera pas. Que reste-t-il alors pour faire la différence ? Quel angle attaquer, que sublimer, ou se démarquer ?

 

Le film plante un contexte très contemporain, dont il ne parvient jamais à faire plus qu'une peinture caricaturale aux enjeux morts-nés. Ses super-héros sont des individus super-ordinaires sans super-pouvoir, sinon celui d'être gavés aux comics et obsédés sans restriction par leurs légendes fictives et grand-guignoles. Se fabriquer leur propre mythologie pour l'incarner s'offre à eux comme une réponse à des frustrations élémentaires.

 

kick_ass_4Vaughn voudrait faire un exercice de style à l'écho tarantinesque, ou les références, essence et motif du film, seraient explicitées (donnant du grain à moudre aux personnages, seuls à la signifier) en permanence plutôt que d'être réemployées (leur cadre détourné, leur tournure métamorphosée par la conscience en marche du fan) avec une subtilité flirtant parfois avec l'arnaque avouée. Le style récréatif est ici outré, la connivence affichée sans détour [écrasant tout sur son passage, ne laissant jamais s'ouvrir d'autres voies], au point qu'il ne reste qu'un film fait par, pour et sur des geeks, quand Kill Bill ou Pulp Fiction, oeuvres multiformes, s'offraient comme des sortes de puzzles désincarnés, laissant à chacun l'opportunité de s'approprier le film ou s'y projeter comme il le souhaitait, quitte à le remodeler à chaque instant. Kick-Ass est un programme en vase clos, un film fermé, seulement capable de proposer  une invitation à se replier sur lui-même.

 

Hésitant entre joyeuse farce et sincère teen-movie, Kick-ass n'étoffe jamais son pitch de départ et s'inscrit sur une ligne qu'elle maîtrise peu ; Vaughn voudrait tout mélanger dans un réjouissant et potache feu d'artifice. Mais jamais aucun équilibre n'intervient pour asseoir cet éventuel statut d'hybride, dont on ne fera que caresser l'espoir. L'hommage est poussif et tourne à vide, à force de tourner en dérision les temples adorés et les rites qui leurs sont dévoués pour les réhabiliter dans un format rigolard. Sous ses dehors tapageurs, l'entreprise est somme toute assez fainéante et désengagée. Son insouciance est traitée comme une justification absolue pour esquiver tout ce qui se prête à lui ; le film préfère foncer en dégainer dans tous les sens, donnant l'illusion d'un stérile rendre-dedans de surface.

 

Ce qui agace au-delà de la vacuité soutenue, c'est à quel point Kick-Ass considère le mauvais goût sans objet pour du politiquement incorrect. Surtout ici, la violence est censément jouissive et invitée à être consommée avec allégresse. Naturellement cette violence n'est pas un problème en soi, pas même lorsqu'elle est pratiquée par une Hit Girl de 11 ans. Mais le film s'esquinte en ne cessant d'avoir recours à cette carte sans lendemain, à laquelle il réfute d'accorder toute ébauche de point de vue.

 


 

Vaughn n'a que faire des limites morales qu'il côtoie, du douteux dans lequel il se vautre ; son vigilante movie est ludique, fabriqué pour attirer une sympathie sans ambiguté à l'intention de ses loosers masqués. Le parti-pris est total et il ne s'agit plus que de glorifier leurs pulsions revanchardes. Piteuse coolitude consistant à accorder aux nobodies de monter au front pour obtenir leur victoire sur le réel. Mais à ce réel dont les traits les plus noirs sont exacerbés, au point qu'il n'en reste qu'une représentation pompeuse et saugrenue à la fois, Kick-Ass n'oppose qu'un univers galvaudé, d'une sécheresse créative absolue.

 

KICK_ASS_2Pourtant ces traits noirs, il lui arrive de les vilipender, un petit peu, juste une seule foi. Car s'accomplir en super-héros n'est pas facile ; certes, il y a la jouissance de botter du méchant [ici, tous de gentils gimmicks sans substance ni charisme], mais lorsque Dave/Kick-ass se trouve aux mains de ces derniers, Vaughn le sanctifie martyr. Martyr du XXIe siècle, les images de ses épreuves tant propulsées en direct à la TV. Là, le film se moque expressément du voyeurisme des spectateurs ; la populace veut suivre le héros par tous les moyens. Est-ce que le réalisateur saisit l'opportunité de la mise en abyme énauurme qui s'offre à lui : non, il évite même de la suggérer trop longtemps ! Pas plus qu'il n'aura nuancée la figure de Hit Girl, formatée à la vengeance par son père. Alors on montre qu'elle est un peu victime, mais qu'elle envisage son destin avec complaisance. Alors elle bute, so funny !

 

Kick-Ass croit briser des tabous, il ne fait que tourner en rond.  Ce n'est plus qu'un théâtre mêlant coups de machettes, geek parade, has been ou boutonneux propulsés à la une. Complaisant et fier de lui, de son potentiel embusqué et de sa bêtise premier degré, le film n'a aucun souffle, n'existe que pour son humour cru inepte, son ultra-violence, sa démonstration ''hype'' [...] sectaire.

 

D'une tristesse sordide, obscène dans son amoralité crâne, sa volonté très beauf de choquer à tout prix tout en dorlotant des attentes nauséeuses, c'est un total délire, totalement creux. C'est une grosse artillerie puérile, dont la niaiserie obscurcit chaque mouvement. C'est fatigant. C'est un jouet, nourri à la fantasmatique geek, façonné par et pour elle, autour de ses formes. Alors chacun son jouet.

 

 

kick_ass_affKick-Ass° Acteurs** Scénario* Dialogues* Originalité* Ambition**-° Audace**-° Esthétique* Emotion°

 

Notoriété>53.000 sur IMDB ; 5.000 sur allociné

Votes public>8.3 sur IMDB (146e du top250) ; USA : 8.4 (metacritic) ; France : 8.0 (allociné)

Critiques presse>USA : 6.6 (metacritic) ; UK : 6.4 (screenrush) ; France : 6.3 (allociné)

Note globale selon Cinemagora → 7.7

 

Adaptation de comic-book sur pinksataniste.......