184674173sur5  Engendrant une levée de boucliers de la part de la critique et de la censure, le méprisé Scarface ne le sera jamais aux yeux d'un public qui l'inscrit directement au rayon culte. Avec les années, l'univers faste et vertigineux du remake du plus fameux des films de gangsters des années 30 a atteint un caractère sacré et est souvent tenu comme matrice de la prestigieuse production sur la mafia. Réflexe de fans sans doute. Si l'influence de Scarface en tant que modèle est certaine, le film ne fait qu'amplifier des codes (ré-)inaugurés par la saga du Parrain, développant avec acharnement et férocité le créneau sensationnel.

 

Bastons, drogues, valeurs biaisées et hectolitres de sang sont au rendez-vous... Mais aussi puissant soit-il, le style Scarface s'épuise dans son obstination à choquer pour choquer. Du scénario de ce polémiste increvable qu'est Oliver Stone, DePalma tire une essence au parfum de scandale mais dénaturant la portée subversive d'un propos dont il préfère exploiter les ressorts spectaculaires et épatant. Il en puise toute l'hystérie pour servir sa peinture haute-en-couleur de portraits scabreux.

 

scarface_car_pfeiffSauf que cette indécence habilement ritualisée paraît aujourd'hui inconséquente et le film désincarné, écrasé par ses prédécesseurs bien plus denses, troublants ou pénétrant, tels Casino. Vain et immodéré, Scarface est certes moins poli que des Incorruptibles, mais son esbroufe surabondante, sans grâce et permanente le cantonne à l'état d'esprit d'un objet kitsch. Les accès de violences, graphiquement extrêmes, sont des déchaînements aussi gratuits qu'inconséquents, au motif un peu creux, anecdotes immédiates et plaisantes.

 

L'empreinte de Scarface, l'endroit ou il est sensible de marquer durablement, se trouve bien évidemment dans l'exposition des facettes intimes de son héros, au comportement univoque mais à l'âme pétrie de contradictions. Tonny Montana, ploucard entouré d'une bande de bouffons en costard qui ne parlent pas comme des lopettes, est un personnage finalement touchant et même attachant.

 

scarface_nbouSe laisser absorber par l'univers opportuniste et vertigineux dans lequel il joue le premier rôle n'est pour lui qu'une fuite en avant. Tony Montana masque sa démence, travesti ses inaptitudes sociales pour exister sous la seule forme qui lui paraît sinon accessible, du moins confortable. Aussi rappeler le gangster à sa condition de rural arriviste est le pire affront qui soit ; ce n'est pas seulement se moquer d'une autorité souterraine, c'est nier tout ce qu'il a crée, faire comme s'il était resté dans le camp des faibles et qu'il passait sa vie à se démener pour abuser ses contemporains. DePalma affectionne tout particulièrement les entrailles psychotiques de ses personnages, celui campé par Al Pacino sublime d'ailleurs insidieusement cette règle.

 

scarface_dubl_finBeaucoup s'identifieront à ce Tony Montana, vers de terre tout-puissant, parodie de légende et simple terreur du moment. La représentation de cette american way of life parallèle, alternative surnaturelle mais réaliste, paru démagogue [l'immigré cubain, machiste et sans éducation, devenu baron de la drogue adopte une posture qui a longtemps fait saliver et se pose comme un aguichant modèle de réussite et idéal de vie des plus stimulants] et incitative aux esprits alarmistes des 80's. C'est oublier que dans Scarface deux films, deux points de vue se croisent et cohabitent sans pourtant [et c'est là toute la source de frustration] faire d'étincelles : celui d'un auteur derrière sa caméra, attiré par la crasse et fasciné par les allures qu'elle peut prendre ; et celui d'un auteur derrière son script, toujours soucieux d'éclater cette dimension ''grandeur et décadence'' pour lui insuffler un ludique aspect auto-réflexif. Ce rapport de force se solde par une mise à plat globale : Scarface s'en tire comme un très bon divertissement de son époque, brillant et creux, traversé par des éclairs de génie furtifs, volatiles et des obsessions réduites à leurs caricatures.

scarface_afficheScarface-1983** Acteurs***-* Scénario**-* Dialogues** Originalité** Ambition** Audace**-* Esthétique*** Emotion**-*

 

Notoriété>143.000 sur IMDB ; 11.700 sur allociné

Votes public>8.2 sur IMDB (film n°161 selon les spectateurs – tendance masculine et non-US) ; USA : 8.9 (metacritic) ; France : 8.5 (allociné : film n°152)

Critiques presse>USA : 6.5 (metacritic) ; France : 7.5 (allociné) ; UK : 8.1 (screenrush)