0sur5 Référence culte dans le domaine du nanar horrifique volontaire des années 80, Le Retour des Morts-Vivants illustre parfaitement la tendance de celui-ci au burlesque prétendument acide, souvent pataud, parfois graveleux, rarement noir. Au sein de cette joyeuse mode pullulent les petits malins sans imagination, les escrocs aux penchants beaufs et puis tout simplement les bandes de petits génies fainéants persuadé qu'ils ont quelque chose à apporter à l'édifice cinématographique. Attention : s'ils sentent en eux cet élan créateur, il s'agirait de ne pas trop se fatiguer non plus. Aussi pour ménager sa graine d'artiste, mettre en scène n'importe quelle histoire inspirée par de vieux relans d'humour potache (années collège de préférence). Super idée : des zombies envahissent un cimetière et pourchassent des punks après qu'un nuage verdâtre les ait sortis de leur torpeur.

 

Déjà usé pour son époque, ce Retour des morts-vivants [titre délibérément insignifiant et écho dégénéré aux classiques du genre] se regarde d'un air affligé, désolé. Détournant le scénario d'un recalé de l'équipe de Romero, le réalisateur Dan O'Bannon décide de tourner en dérision un genre souvent moins délétère qu'il voudrait y prétendre, le film de zombis. Il s'en prend tout particulièrement à La Nuit des Morts-Vivants, l'un des classiques ultimes, figure fondatrice tout en étant le négatif de nombre de ses rejetons dissipés, puisque modèle d'intelligence et d'élégance.

 

Caricaturant un genre qui s'est déjà enfermé dans un langage étriqué et univoque, O'Bannon croit que parodier, c'est s'en remettre au nivellement par le bas. Exagérant des traits déjà trop prononcés pour ne pas agacer au-delà de cinq minutes de logorrhée ''comique'' non-stop, il bascule dans une sorte d'indécence gratuite, s'adonnant ainsi à un exercice aberrant sous couvert de s'approprier un caractère ludique. Coulant d'ores et déjà sûrement vers la ringardise, ce programme à l'anti-intellectualisme nauséeux [absolument non-partisane, non-théorisée, cette bêtise n'est même pas une fierté, simplement un objectif atteint] parviendra à nous évoquer vaguement L'Extraterrestre des Inconnus.

 

Si O'Bannon a vraisemblablement digéré une quantité non négligeable d'expériences cinéphiles [contributeur au scénario de Planète hurlante et, aussi incroyable que cela puisse paraître, co-scénariste d'Alien -que les connaisseurs du Cronenberg première époque accusent d'avoir pompé toute son essence à leur gourou], il se montre incapable de l'assumer autrement qu'en faux sale gosse planqué. Plutôt qu'une déclaration d'amour, Le Retour est un festival censément jouissif destiné à la consommation exclusive des amateurs du genre. Pas un mal en soi, mais le ''second degré'', envisagé façon  brute de service, exempt de réelle distanciation et prétexte à une médiocrité confondante, ne sert à O'Bannon qu'à brandir fièrement ses dispositions rigolardes afin de dévoiler combien il fait semblant de se prendre au sérieux, et que si le résultat est ridicule ou raté, c'est fait exprès de toute façon.

 

Piteuse façon d'esquiver toute responsabilité quand à sa progéniture artistique, de s'en désimpliquer, afin de tenir les rênes d'un projet en se permettant de ne jamais y croire, pas plus qu'on ne croit à ce qu'on entend imiter grossièrement. Manière comme une autre de masquer son absence de créativité et d'ambition par des arguments beaufs, primaires, racoleurs, mais dont l'argument régresssif sert comme d'une contenance au semblant presque raffiné.

 

 

00794440_photo_affiche_le_retour_des_morts_vivantsThe Return of the Living Dead °  Acteurs° Scénario° Dialogues° Originalité*-° Ambition° Audace*-° Esthétique*-* Emotion°

Notoriété>13.000 votes sur IMDB ; 250 notes sur allociné

Votes public>7.1 sur IMDB ; France : 7.5 (allociné)