alice_12sur5 A l'instar du remake de La Planète des Singes il y a près de dix ans, celui d'Alice au Pays des Merveilles devrait facilement balayer les ardeurs des fans de Tim Burton, quitte à les amener à relativiser ce qui leur apparaît comme un Absolu. Jusque-là, même si elle a pu décevoir dans le fond à quelques reprises, la filmo de Burton est plutôt impeccable, naviguant entre le bon [Charlie et la Chocolaterie, La Planète des Singes] et l'excellence [la facette Batman-Beetlejuice mais aussi par exemple ses Noces Funèbres]. A titre personnel, Mars Attacks ! est évidemment le must définitif, écrasant tous les autres, bien qu'il soit souvent considéré comme un hors-catégorie [pas aussi ''personnel'', pas vraiment ''macabre'', pas du tout ''goth''', difficile à coincer derrière son étiquette de ''blockbuster''].




Le film le plus attendu de l'année 2010 n'est finalement que le travail d'un artisan comme un autre, plus stylé, pas plus doué, aucunement plus inspiré. Quoiqu'on en dise, on n'en pensera pas moins : Tim Burton n'a jamais été un cinéaste d'une profondeur insondable et si ses films diffusent un réel pouvoir d'envoûtement, ses thèmes n'ont sans doute pas toujours été si fulgurants ou novateurs qu'on a voulu le croire [Edward aux mains d'argent fait illusion davantage pour son univers que pour son sujet, au second degré de lecture pas si acerbe -transparence et bonne conscience, voilà la parfaite combinaison].

 

alice_2Lorsqu'il jetait son dévolu sur Alice, on se doutait que le parfum d'indécence de l'oeuvre initiale de Lewis Caroll serait transfiguré par l'auteur de Big Fish ; nous voulions croire à une métamorphose éblouissante, plus lisse dans le fond, mais vertigineuse comme jamais dans la forme. Là ou le bât blesse, c'est que l'univers de ce remake est à la fois surchargé et désincarné, fade et épatant.

 

En livrant un produit techniquement impeccable et a-priori haut-en-couleur, Burton s'est dit que la trame d'Alice et de sa suite De l'autre côté du miroir se suffisait à elle-même. Aussi sa ''libre adaptation'' en respecte scrupuleusement le schéma, tout en anesthésiant toute ambiguïté, réemployant tous les avatars du mythe comme des gadgets au fantasque poussif, dégainés sur un ton linéaire. Le spectateur navigue doublement en terrain connu sans pour autant retrouver le charme des oeuvres antérieures de Burton ou l'esprit de Lewis Caroll.

 

ALICE_3Au milieu d'un décorum grandiose [creux, univoque, mais grandiose], les acteurs feintent une ''hystérie'' acheminée avec lourdeur, si bien qu'on ne croit jamais au résultat, au goût de simulacre vaguement gênant. Avant de nous saluer sur la funeste récompense qu'est sa danse ''pittoresque'', Johnny Depp balade sa carapace de déjanté de service. Sans que celle-ci ne prenne jamais forme. Bonham Carter se démarque dans son rôle de Reine Rouge, l'Alice jeune adulte n'apporte en rien la touche de maturité escomptée et déambule sans imprimer ou que ce soit sa présence. Point de raccord vers des choix balisés et aux allures manichéennes [début et final chez les aristocrates – ses affronts pitoyables d'inconséquence], elle n'est en fait que la petite cousine des héros de Narnia.

 

ALICE_4Dans ce condensé stylistique ou se croise vaniteux macabre d'opérette et main tendue vers la-fille-qui-se-scarifie-à-côté-de-la-poubelle [immonde Anne Hathaway, gothique endimanchée façon clip de Cher], fusent une infinité de petites réparties mesquines soucieuses de vous caractériser en un échantillon monochrome chaque personnage en brodant autour du détail le plus manifeste s'en dégageant. Oui, voilà, caricature, c'est le terme, dans son sens le plus littéraire ! Ainsi même les méchants surnagent à peine.

 

ALICE_5Si Burton touche à quelque chose de dantesque, à un burlesque sombre et désespéré lors de cette scène ou les grenouilles nous sont présentées, puis lors de la décapitation ratée du Chapelier fou, son univers est bidon. On le savait déjà un peu autiste, un peu bloqué autour de certains thèmes, mais le monde qu'il nous livre cette fois, plus que de ne présenter aucun véritable mystère [le plus souvent, on cerne toutes ses intentions bien trop vites - sans entraver pour autant notre plaisir], se révèle carrément insipide. Un peu bruyant. Euphorique à l'extérieur, plat à l'intérieur, monocorde à l'écran. Burton affirme ne jamais avoir aimé les essais d'Alice au cinéma ; il n'est pas interdit d'espérer que le premier authentique, complet et indéniable ''accident'' de sa carrière ne reflète en rien sa vision. A cela les plus obsessionnels des adeptes auront trouvés un coupable idéal en la personne des studios Disney. Et finalement, le grand Tim a peut-être offert à la vieille maison l'un de ses meilleurs arguments de ces dernières années [hors-Pixar..], sans enrayer la chute de cette industrie moribonde.

 

ALICe_dernOn rêve encore de l'improbable remake que Marilyn Manson nous promettait [Phantasmagoria]. Un tel sujet entre les mains de l'Antéchrist carnavalesque trouverait sûrement matière à exister. La rencontre de ces deux ''univers'', peut-être plus voisins que l'association Burton-Caroll, aboutirait sans nul doute à un spectacle d'une toute autre dimension, assurément plus scandaleuse, sincèrement outrée au moins. Une bonne décennie et vous verrez qu'il reprendra son projet ; et lorsque sortiront dans 25 ans ces ''visions de Lewis Caroll'', Alice au pays des Merveilles version 2010 aura déjà été enterré depuis bien longtemps à la case après-midi de fêtes de fin d'année d'une quelconque grande chaîne nationale. Quelques dinosaures déambuleront alors pour prévenir la jeunesse qu'elle rate le meilleur et que Burton "c'était mieux avant". Merde, Tim, on veux pas devenir comme ça, alors pense moins à nous la prochaine fois et joue-là artiste prostré, antisocial et intransigeant comme tu sait si bien le faire, okay ?

alice_au_pays_afficheAlice in Wonderland ** Acteurs** Scénario* Dialogues* Originalité*-* Ambition*-* Audace* Esthétique*** Emotion*-**

Notoriété>31.000 votes sur IMDB ; 1.400 notes sur allociné (sorti ce mercredi)

Votes public>7.0 sur IMDB (tendance féminine) ; USA : 5.1 (metacritic) ; France : 5.8 (allociné)

Critiques presse>USA : 5.3 (metacritic) ; UK : 5.7 (screenrush) ; France : 6.3 (allociné)

En salles au moment de la publication