creep12sur5 Creep, c'est la rencontre entre un parti-pris formel toujours intéressant, quelques vagues idées dont on ne saura jamais [s'il est bien nécessaire de ] préciser la valeur et le souhait de s'inscrire dans un style suffisamment balisé, bizarrement invoqué comme une sorte de gage de qualité ou de souci du spectateur. Le résultat n'est rien d'autre qu'un petit film bancal mais honnête, pas vraiment honteux mais encore moins transcendant.

 

Le parti-pris prometteur évoqué n'a rien de novateur. Creep est l'histoire d'un métro hanté et d'une jeune femme s'y étant perdu. Un slasher tout ce qu'il y a de plus ordinaire en quelque sorte, mais avec un tueur dont on se doute qu'il ne tardera pas à se pointer avec une gueule de freak. Mais l'intérêt du film, du moins dans un premier temps, est dans sa façon de muer la réalité en cauchemar : tout est condensé, resserré ; l'espace, le temps comme les rencontres.

 

creep2Ce huis-clos ''large'' parvient à créer une certaine atmosphère un tantinet claustrophobe. Pas de quoi être tétanisé devant l'écran, mais suffisamment pour nous faire entrer dans son jeu. Dans un second temps, Creep invitera à fouler plus loin des sentiers nauséeux. Si elle ne parvient pas à nous donner le sentiment de faire de réelles découvertes, la balade dans cet envers infernal du métro n'est jamais déplaisante, même si on regrettera qu'un film relevant à l'occasion ostensiblement du jeu vidéo ne permette pas plus de libertés ou d'audaces au candidat.

 

Assez classique, l'écriture du film ne démontre pas de talent ou d'imagination particulière. La psychologie des personnages est sommaire, leurs comportements ou réactions parfois inaptes ou plus simplement incohérentes, les dialogues assez pauvres voir défectueux surtout lors de ces quelques instants ou ils adoptent une étrange démarche, celle de vouloir se caler aux convenances. Le cahier des charges est une chose, pourtant on sent en permanence ce petit divertissement chercher à s'affirmer, ce qui rend alors d'autant plus désolé devant certains de ses choix.

 

CREEP3Cette écriture bâclée, ajoutée aux quelques discrètes aberrations ou détails ridicules prompts à faire tâche assez coutumiers pour le genre [nous parlons là d'excès ou de pauses débiles], font tout de même pencher la balance dans le mauvais sens, plombant un film suscitant d'une minute à l'autre des sentiments contradictoires, ayant l'air d'être en perte de vitesse avant de relancer la donne avec un certain panache.

 

Ainsi, s'il nous perd parfois en route, le film nous raccroche toujours par à-coups. Sans doute grâce à une réalisation moins gauche elle, sans génie non plus et à la mise en scène sans surprise ni authentique inventivité, mais à la photo soignée, au montage modeste mais habile. Surtout parce qu'il repose sur des lieux et un visuel ne cherchant pas toujours à se justifier. C'est cet univers que propose Creep, bien que semi-convaincant, qui le fait fonctionner et lui permet dans une certaine mesure de faire illusion.

 

A défaut d'être franchement haletant, l'éventuelle pointe d'enthousiasme s'éteignant rapidement devant un spectacle se voulant enlevé mais s'avérant trop creux et linéaire, Creep est ainsi une curiosité. La scène notamment, en fin de film, d'une opération chirurgicale se faisant attendre, et ou l'on assiste à un spectacle assez Z, est à son image : à la fois triviale, foncièrement bis mais toujours vaguement commerciale.

 

C'est que le film est en totale emphase avec son spectacle, dans une forme d'ivresse à l'approche de sa créature. Là encore, il déçoit par son manque d'audace. Le monde sous le métro vaut certes le coup-d'oeil, mais accuse des facilités, emprunte trop d'icônes typiques qui ressemble à autant de cache-misères. Le sympathique univers mentionné est donc à la fois rare et déjà-vu, parfois proche d'un clip de metal industriel axé formole et atmosphère lugubre mais élémentaire.

Cependant, derrière la relative semi-banalité de ces bas-fonds, Creep caresse parfois des sujets qu'un éventuel développement aurait pu rendre intéressant. Il préférera cependant stopper ses ardeurs avant d'aller plus loin, ce qui là encore n'est pas une surprise, laissant le spectateur sur un goût mitigé, forcément déçu puisque ce Creep n'aura jamais réussit à mener ses idées jusqu'à leur terme, comme effrayé de ne plus maintenir l'équilibre, par crainte de devenir soit trop pompeux soit trop inerte.

 

En dépit de cela, le film demeure un divertissement prenant et efficace, bien que son manque d'ambition initial puis sa roublardise l'amène à dévier vers quelques longueurs ou lourdeurs en mi-parcours [le veilleur de nuit, ridicule ; le clochard qui se shoote à l'héroïne, fait mine de ne pas entendre, puis accompagne mademoiselle dans sa balade nocturne, se contentant de parler comme un trisomique vaguement éméché, surtout pour dire, admettons, des choses pas immédiatement constructives ; j'en passe -quoique pas tant, soyons honnête- et des spoilers...]. Creep ne sait pas toujours aller à l'essentiel [comme cet article, mais ne comptez pas sur moi pour vous fournir mille excuses] et donne le sentiment que nous avons à faire à un pop-corn movie avide de se contempler lorsqu'il se donne dans les quelques excès de sa dite créature, comme persuadé que celle-ci est un réel bon coup [ce qui est toujours un peu particulier pour un public pas forcément fier lui d'être au rendez-vous].

 

C'est aussi ce qui relève ce film tournant parfois à vide, au rythme cadencé mais au trait mollasson. Nous aurons bien sur quelques sarcasmes à étouffer, mais on a pas tant à rire devant Creep puisque le film s'assume sans avoir besoin de l'éternel recours à l'humour bas-de-plafond ou au cynisme commercial que son genre se traînent comme un boulet.

 

Quitte à ne pas se montrer aussi impressionnant ou séduisant que ses géniteurs avaient du l'imaginer. Ils ne font pas là une dramatique erreur de parcours, mais livrent simplement un colis peut-être inabouti, relevant davantage d'une bonne fiction TV de minuit que du véritable film d'angoisse. Malgré sa simplicité désarmante et son aspect de nanar sympathique ou navet [s'essayant] rebelle, Creep s'inscrit tout de même dans la longue liste des films d'horreur anecdotique dont on ne gardera aucun souvenir notable. Pas la peine de cracher dessus pour autant puisqu'il recèle des qualités et des intentions louables. Avis aux esprits indulgents et aux consommateurs du genre avant tout ; les autres, en quête de sensations fortes ou d'authentiques expériences, sont priés de passer leur chemin car l'aspect prévisible et commercial de cette petite entreprise les décevra...

 

CreepCreep = 2sur5 Acteurs>2/5. Scénario>2/5. Dialogues>1-2/5. Originalité>1-2/5. Visuel-Esthétique>2/5. Ambition/Intelligence du propos>1-2/5. Audace>1-2/5. Emotion>2-3/5.

Notoriété>9.474 votes sur IMDB ; 1.323 notes sur AlloCiné

Votes du public>5.5/10 sur IMDB ; 2.1/4 sur AlloCiné

Critiques presse>2.2/4 selon AlloCiné

"Dispositif redoutable, jouant franc jeu sans effets sonores grossiers ni prises en traître (...) S'ensuivent plusieurs scènes tragi-comiques pénibles, mais l'énergie de Franka Potente, l'humour macabre et la plongée dans le gore sauvent le film. C'est surtout sur le social que Creep épate." Cahiers du Cinéma

"S'il manie la tension avec aisance, le film ne décolle pas, tourne en rond sans nous tenir réellement en haleine, malgré les rats, les égouts, les couloirs sans fin et bien sur les mauvaises rencontres." Zurban