SAW_6_prem2sur5 Qu'on ne se laisse pas tromper par les indicateurs numériques censés représenter l'avis général, en hausse à de nombreux endroits. Si Saw 6 se paie le luxe de décrocher une note globale de la part des spectateurs plus qu'honorable, c'est-à-dire au-dessus des trois précédents opus, c'est parce que ne reste plus au rendez-vous, pour l'essentiel, que les fans hard-core, venus se repaître de leur dose de torture porn [la tournure adoptée dès le départ par Saw, et sa marque de fabrique auprès d'un grand-public émerveillé par cette innovation tenant davantage du nihilisme industriel], genre qui semble tombé en désuétude.

 

SAW_6Entre ceux qui n'en peuvent plus de cette farce saturée et les quelques esprits bienveillants y voyant un léger sursaut -on évoque quelquefois ça et là un nuancé : « le meilleur depuis Saw 2 »-, ce Saw 6 n'excite de toute façon plus personne, chacun préférant moquer son nom, et c'est bien là-dessus que le film fait se délier les langues. Le public mainstream et bien sous tous rapports a tourné le dos à ce machin qu'il est politiquement correct d'accabler, les fans ou amateurs ont décrochés pour une bonne part d'entre eux et même les psychotiques de base ne voient plus dans la franchise qu'un divertissement cradingue, si excessif qu'à eux comme aux autres, il ne donne plus l'impression d'un certain cynisme novateur ou d'une quelconque audace.


Saw 6 n'est pas le plus mauvais. C'est un fait. C'est bien trop peu. Après un cinquième opus somme toute efficace, plus humble, faisant l'économie du grand-guignol pour retrouver un esprit originel faisant la réussite des deux premiers du nom, Saw 6 casse le mini-élan, ou plutôt l'estompe, le remet à plat, puisqu'à l'instar de Saw 4 il ne fait que récupérer le matériau du prédécesseur pour se le réapproprier en instaurant une logorrhée de bla-bla aussi pauvres et niais que prétentieux entre deux scènes censée donner au spectateur son lot de traumatismes. Bref, l'intention est, pour la troisième fois consécutive, de relancer la machine grâce au scénario, manifestement très disparate, mais faussement complexe, et en revenant toujours aux acquis, même si les flash-backs sont plutôt ''gardés pour la fin'' ici -politique du moins pire-. Dommage pour Marcus Dunstan et Patrick Melton, qui était pourtant les auteurs de celui de Saw 5 [mais également du quatrième], à une époque ou la remise en question n'obtenait pas une réponse aussi obstinée.

 

saw_6__Et dès lors qu'il s'enquière de quitter l'aspect claustro, Saw 6 se plante dans les grandes longueurs. Si la mise en scène est de bonne facture, quoique sans trace de génie mais simplement formellement digne, moins tape-à-l'oeil, les personnages secondaires sont bidons et éculés, l'intrigue molle repose trop souvent sur ce détective Hoffman et cette minable ambiguïté flic/tueur, appuyée par une mise en scène et des dialogues sidérant par leur manque de subtilité et une confiance en eux des plus aberrantes. Surtout, Costas Mandylor n'a pas le charisme de la tronche en biais qu'est l'authentique tueur au Puzzle, ce qui posait déjà problème à l'issue d'un cinquième opus l'imposant au poste de la triste relève.

 

Mais Jigsaw est toujours là, mort, mais debout quand même, et pas moins volubile qu'auparavant -sauf dans Saw 5, peut-être était-ce la véritable source de notre bonheur ?-. Effleurée finalement, en tout cas sans parti-pris dans les deux premiers opus [inégalables au sein de la saga, à jamais semble-t-il], la morale douteuse de Jigsaw, au mieux redondante, au pire pure arnaque, est dégobillée ici, mise à nu sans vergogne. Digne d'un boutonneux au sérieux plombant, l'empathie totale avec laquelle elle est traitée inspire un certain cynisme face à l'écran. C'est d'autant plus dommage qu'elle émane d'un vieux bonhomme devenu, excusez du peu, au cinéma d'horreur US ce que Johnny Halliday est à la chanson française. Or on sait que ni l'un ni l'autre ne sont très en forme, difficilement respectables malgré toute notre bonne volonté ; aussi, en être les représentants et les institutions, on imagine que c'est lourd à porter ; on les laissera donc s'en charger seuls, préférant aller migrer ailleurs.

 

Même s'il découle aussi d'une inspiration de petit malin assez perclus, c'est ce brave Mr Easton [devant lequel Jigsaw se comporte un instant en cousin de Michael Moore ; le premier étant le philosophe déphasé de service, en fait resté bloqué sur ''cette vieille idée géniale'' de jeunesse, le second quand à lui prenant la forme du beauf virulent et tonitruant à la mauvaise foi accompli] qui donne un peu de sens à l'entreprise et lui apporte crédibilité. Ainsi, d'un manège hardcore qu'il conduit malgré lui surgit l'égo surdimensionné de victimes dont la propre morale, repoussante, masque à peine les mécanismes les motivant et leur triste vision de l'ordre du Monde. S'offrant comme des opportunités commerciales ou sociales à leur éventuel sauveur, ils effraient par les arguments quand à leur valeur, au cynisme malsain. On aurait pu avec cela sombrer dans le pétard mouillé, mais le film s'en tire, là-dessus, plutôt bien.

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Enfin, qu'on se rassure, la violence est toujours là ! Nous aurons ainsi le droit à une intro déconcertante donnant dans la surenchère totale. D'une violence ahurissante, irréelle, abracadabrantesque, elle sidère par sa façon de se la jouer Braindead avec sérieux et sa tentative de faire plus fort qu'à Abu Grahib, ambition qui a légitimement de quoi laisser pantois. Après une sobriété pendant l'essentiel du métrage, Saw 6 se rattrapera en tapant de nouveau à plein dans la torture porn accompagnée de justifications de plus en plus minimalistes mais solennelles pour clôturer la fête.

 

saw_6__Cruche voir démagogue, le twist ending attendu n'est jamais qu'un digne représentant de cet éternel cynisme commercial faisant tenir la saga coûte que coûte, alors que les rats que nous sommes ont quitté le navire ; il suffit de se référer aux chiffres, en déclin de toutes parts. Ils ne font ainsi qu'attester du parfum d'automne dégagé désormais par la saga et en particulier par cet opus.

 

La relative imagination pour créer des lieux et contextes glauques ou malsains contribue cependant à limiter la casse. Si l'inspiration est limitée, Saw 6 se débrouille mieux à ce sujet que Saw 4 notamment et ''ose'' davantage que Saw 5. La photographie et la réalisation sont travaillées sans pour autant se montrer spécialement inventives. L'aspect clipesque , comme les flash-backs, est gardé pour le final. Ah, et puis les acteurs ne se débrouillent pas si mal... Il y a ''du mieux'' dans Saw 6. Mais sitôt qu'on ouvre l'oeil, nos réticences s'accumule... Nous n'attendrons pas Saw 7 de pied ferme, mais logeront en lui quelques espoirs puisque David Hackl -de Saw 5- sera de nouveau aux commandes... Tant qu'à Saw 8, qui y croit encore ?


saw_6_afSaw 6 = 2 sur 5. Acteurs>2-3/5. Scénario>2/5. Dialogues>1-2/5. Originalité>1/5. Audace>1-2/5. Ambition/intelligence du propos>1/5. Emotion>2/5.

Horreur-Gore. Réalisé par Kevin Greutert (USA, 2009). Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Betsy Russell... 1h30. Interdit aux moins de 16 ans. Sortie USA : 23.10.2009 (vendredi précédant Halloween, comme de coutume). Sortie France : 4.11.2009.

Scénario : Patrick Melton et Marcus Dunstan (depuis Saw 4, ceux des trois opus depuis ont été écrits pêle-mêle).

Notoriété>9.239 votes sur IMDB [vraiment pas énorme] ; 599 notes sur AlloCiné [on est donc loin des 10.000 du premier opus, ou même des 1.600 du précédent]

Votes du public>6.4/10 sur IMDB [pas plus mal qu'un autre] ; 2.7/4 sur AlloCiné [2e meilleure note de la saga, égale ex-aeco avec Saw 2... mais avec 10 fois moins d'avis]

Critiques presse>1.3/4 sur AlloCiné [effectivement le meilleur score depuis Saw 2, et le premier au-dessus de la barre du 1.0...]

 

En salles au moment de la publication de l'article.