0sur5 La rencontre de l'auteur de Bienvenue chez les ch'tis avec celui d'Amélie Poulain apparaît avec évidence comme une combinaison gagnante. En terme de success story naturellement : un cinéma proche de vous, bonhomme et féérique tend les bras à un public avide, forcément pressé d'élever aux sommets du box-office un film ''qui lui ressemble'' et ne le trompe pas sur la marchandise.

 

micmacs2Soit, le programme est populaire et grand-public. Et à moins d'être un cynique aristocrate, un blasé de mauvaise fois, on ne peut qu'être alléché devant la proposition de fusion d'un Boon dont l'authenticité et la sincérité ne font aucun doute, et d'un Jeunet dont l'inventivité est une essence, bien que l'imagerie d'Epinal raccomodée de son Amélie Poulain ait pervertie cette règle. A une heure ou le blockbuster américain et les mastodontes français apparaissent de plus en plus atrophiés, soucieux plus que jamais d'offrir de confortables divertissements qui « ne cherchent pas à casser la tête » [crise oblige, il faut rire et non réfléchir : les Romains avaient les jeu de cirques, hein, et ils s'en portaient pas plus mal, alors !?], on est on ne peut plus enthousiaste à l'idée de se ''permettre'' une bouchée d'air frais grâce à la générosité sinon le caractère d'un univers certes pas iconoclaste -on en demande pas tant, loin de là- mais au moins quelque peu onirique, libre surtout et doté de quelques charmes.

 

Las, Micmacs aura au moins su stimuler notre imaginaire en nous donnant, dans la période de l'attente, espoir, bien que timide, en lui. La déception n'en est que plus forte : Micmacs à tire-larigot signe la mort sinon d'un cinéaste, tout au moins de ce qui faisait l'originalité de son univers ; à l'instar d'un Tarantino, Jeunet se complaît dans une caricature de ce dit univers, estimant qu'il nous a déjà mis dans sa poche, se permettant alors d'en exacerber ce qui pouvait ressembler à ses tares et ses limites. Micmacs, c'est Amélie Poulain 37 : même pas 2, tant le résultat à l'écran paraît ressembler à une franchise épuisée, délavée, retournée dans tous les sens depuis déjà bien trop longtemps.

 

micmacs3Le pilier du film, Dany Boon, au poste du rôle principal initialement dévolu à Jamel [Angel-A,...], demeure son meilleur argument. L'un des seuls auquel on puisse croire au moins un instant. Il interprète Bazil, enfant dans un corps d'adulte [...], qui suite à une cocasse expérience [il a reçu une balle perdue que son chirurgien préfère laisser loger dans sa tête], se retrouve à la rue, sa très tranquille place dans une vidéothèque n'étant pas restée vacante entre-temps.

 

Jeunet nous laisse miroiter un quart-d'heure une folie douce rénovée en mettant en scène un Boon héritier des temps du muet, qui ne parvient à ne ressembler que très vaguement à un erstatz de Chaplin  [référence outrée], mais sait susciter en nous une tendresse amusée. Mais bien vite, Bazil est recueilli par une bande de chiffonniers résidant à Micmacs-à-tire-larigot, ou héberge une galerie de personnages trop typiques qui sont autant de vignettes freaks échappées d'un cinéma à papa et de gueules d'atmosphères éculées. Le destin en est scellé : à l'image de ce bric-à-brac suant le déjà-vu mais fort en épate, le film est bidon, incapable de dégager la moindre fraîcheur et vide d'émotions pures autant qu'incontinent lorsqu'il s'agit de nous en offrir toutes faites en toc à profusion.

 

micmacs4Sachant cela, il nous faut être magnanime envers cette troupe d'acteurs pour laquelle on a de l'affection et à qui on aurait honte d'exiger des preuves, tant Yolande Moreau [Quand la mer monte,...] ou Jean-Pierre Marielle [Les Grands Ducs, Atomik Circus,...] ont su nous faire passer de bons moments même au sein de petites oeuvres goitreuses. Mais la machine Jeunet est si écrasante ici que jamais leurs personnages ne peuvent exister, se contentant de faire figure de faire-valoir et se limitant à une piteuse ''excentricité'', cela alors que les prestations sont évidemment plus qu'honorables.

 

C'est là le drame, Jeunet étant incapable de laisser place à la créativité de ses comédiens, n'usant de leur charisme que pour les faire se confondre que dans son petit monde à lui, se refusant à prendre conscience du point limite ou celui-ci apparaît étriqué. N'en résulte qu'un conte infiniment plus mièvre qu'Amélie Poulain et ne parvenant jamais à faire illusion, s'armant d'un burlesque faux et d'une ''ambiance'' forcée.

 

micmacs21Jeunet sans Caro, c'est le Ying sans le Yang, et l'univers fade et monochrome qu'il nous présente accuse sérieusement le manque de relief, de densité, et surtout -c'est le plus dramatique sinon absurde- d'une atmosphère singulière que son acolyte savait insuffler à leurs collaborations. Le cinéma de Jeunet est alors celui d'un névrosé, d'un sage et bon élève qui aurait le don d'énerver ses professeurs tant son absence d'inspiration, d'audace et de folie est fulgurant.

 

Mais ce qui renverse définitivement la balance et irrite voluptueusement, c'est le propos vaseux et niais dans lequel Micmacs plonge sans retenue aucune, se servant de celui-ci pour épicer comme il peut une sauce coagulée jusqu'à la moelle. Les artistes ''marginaux'' [comme on les envisage d'un point de vue industriel] contre le capitalisme, qu'on nous fasse encore le coup, c'est un triste recours, mais avec un tel refus de toute finesse ou subtilité, c'est vexant. Il faut voir ce final affligeant pour y croire, ou comment donner le sentiment aux foules qu'on lève les tabous, qu'on ose rétablir la justice. Mettez un Jeunet à la réalisation de La Chute, vous aurez le droit à un Jigsaw fait de la chaire à patté de ces salopards de nazis comme seule promesse et sous-titre.

 

micmacs6Le constat est malheureux, mais Jeunet n'est plus qu'un démagogue dépassé qui essait de se raccrocher aux événements [YouTube, ah vous saviez !? Sarkozy, c'est quand même l'ami des patrons, moi comme vous ne vous rassure, j'aime pas beaucoup ça !], prônant un refus maladit, automatique de tout cynisme ou gommant la moindre petite méchanceté qui pourraît se pointer [Bazil et la culpabilité], se voulant parfaite ode à la gentillesse. Une mécanique aberrante qui amène à se demander si elle ne masque pas un profond mépris pour le public : Jeunet concocte ses mêmes recettes das des vieux pots poussiéreux ; la soupe est bien fade, la fable est poussive, les méchants de service [tous riches -ou à leur service-, donc cons, égoistes et même impurs] nous sont offert en pâture comme si nous étions, au fond de nous, des chiens remplis de haine contre leurs supposés maîtres ; dites-moi une seconde, vous n'avez pas l'impression d'être pris pour un ''trop bon'' public ?

micmacs5

Au moins, Le petit Nicolas, hymne à la saveur d'une France has been [pour ne pas dire simplement révolue] avait le mérite [ne pas en chercher d'autres] de proclamer honnêtement qu'il préférait voir la vie en rose, mais n'allait pas pour autant émasculer ceux qui l'imaginait en gris, lesquels ne sont pas si noirs ça se trouve... Et avec au moins la décence d'un soupçon d'auto-critique, histoire les spectateurs hors du trip parviennent à supporter... Simple différence -qui sauve l'une in extremis de la damnation éternelle, mais de si peu ; et l'autre, non- entre une nostalgie évitant de tomber de plein-pied dans un univers réac, et un imbécile exercice de populisme, assurément plus roublard -et peut-être plus régressif encore- que celui de lourds mais authentiques Ch'tis.

 

 

MicmacsMICMACS A TIRE-LARIGOT = 0sur5

De Jean-Pierre Jeunet.

Acteurs>2/5. Scénario>1-2/5. Dialogues>0-1/5. Originalité>0-1/5. Emotion>0-1/5 (la colère, l'agaçement...). Ambition/intelligence du propos>Néant absolu (trop tard, plus besoin de couches-culottes ni même qu'on m'explique ce qui et qui est Bon ou Mauvais). Audace/transgression>Néant absolu bis (mais formidable feinte !). Visuel/Esthétique>1-2/5 (toujours la même imagerie, devenue sénile voir parfois simplement laide).

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