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4sur5  Deux hommes se réveillent dans une pièce sordide, tous deux enchaînés au mur. Ils ne se connaissent pas, ignorent ou ils sont et comment ils y sont arrivés. L'un et l'autre sont à une extrémité de la salle, au milieu de laquelle gît un cadavre baignant dans son sang, tenant un magnétophone et un revolver. Il savent bientôt que l'un d'entre eux devra tuer l'autre avant un temps déterminé s'il veut sortir de ce cauchemar. Mais que quoiqu'il arrive, ce ne sera pas sans lésions ; pour se libérer, ils ont chacun une scie à disposition...


saw6_Ce contexte atroce rappelle à l'un des deux prisonniers, le docteur Gordon, les ''exploits'' du serial-killer nommé par défaut « Jigsaw », qui impose à ses victimes des choix abominables pour retrouver la liberté et éviter une mort inhumaine. Tous deux doivent parvenir à retrouver de nouveaux éléments qui apparaîtront comme autant d'indices vers, peut-être, la délivrance.

 

Saw constitue une excellente surprise dans son domaine et se consacre comme l'une des références majeures du cinéma horrifique des années 2000. Tranchant, sans détours ni concessions, voici un objet qui va jusqu'au bout de ses idées. Situé quelque part entre thriller ténébreux pour routier au coeur accroché et cinéma Bis nihiliste destiné à quelques esprits en quête de visions tordues, l'univers de Saw le rend captivant sinon obsédant.

 

Saw_IISorte de Koh-Lanta hardcore [le combat pour la Vie, mais pas pour de rire], et de Fear Factor surtout : ce ''tueur'' prétend, en leur infligeant l'obligation de répondre à des choix que personne n'aimerait avoir à faire, donner ainsi « un but » à la vie de ses victimes, plutôt que de les laisser se lamenter, se leurrer ou se consumer en se laissant dépérir, des situations ''confortables'' pour eux qui ne sont qu'une façon de renoncer à la Vie [et à eux-même], de ne pas lui faire face.

 

Aussi les invitent-elles à surmonter leurs peurs [peurs viscérales et universelles], dans un jeu témoignant du sadisme de leur bourreau et devant lequel le spectateur entretient une relation SM, partagé entre le dégoût et la fascination ; phénomène qui s'est démocratisé avec Le Silence des Agneaux, mais surgissant d'une toute autre façon ici. Le sadisme mental a pris la place des instances psychologiques contradictoires et difficilement avouables ; on ne s'intéresse pas tant ici aux passions interdites, aux attirances inconvenantes qu'aux limites [mais aussi à la volonté] des personnages mis en scène.

 

saw____SAW1000Sans être un sommet du genre, Saw est un thriller machiavélique et complexe, bien qu'accessible, aussi soigné visuellement qu'un Panic Room et avec la même tendance parfois à l'esbroufe -mais celle ou on a souvent rien à redire- et particulièrement audacieux. Sa surenchère n'étouffe pas tout pouvoir de suggestion tant l'univers proposé est glauque et malsain.

 

Dommage cependant que l'efficacité et l'hyper-réalisme de ce programme ambitieux soit parfois dilués par un penchant à se révéler ouvertement clipesque. On a souvent reproché au film sa mise en scène clinquante ; si force est de constater que le réalisateur James Wan tire le meilleur de ce parti-pris, il lui arrive aussi de succomber à quelques accélérés inutiles, ou de tomber, à presque rien près, dans un certain excès [l'électrocuté semble nous faire le moonwalk] qui nuit quelque peu au pouvoir de fascination lequel n'est il est vrai pas total ici.

 

sawddfQu'importe, tant Saw fait preuve d'inventivité et revendique son esprit singulier. Sans être si prétentieux que ça : on sent dans Saw certaines influences que le film ne cherche à aucun moment à masquer. James Wan affirme à qui veut l'entendre que le giallo [genre horrifique italien, cinéma d'exploitation éteint depuis longtemps mais qui a connu son heure de gloire dans les 70's] et son maître Dario Argento peuvent allègrement être reconnu comme des ancêtres de Saw.

 

S'ils investissent ainsi quelques références [notamment la terrifiante poupée -qui elle, fait partie des nombreux ''effets d'esbroufe'' plutôt ébouissants du film], Wan et Whannell, l'un réalisateur l'autre acteur, tous deux co-scénaristes de Saw, sont évidemment à mille lieux du plagiat, tant c'est en quelque sorte leurs tripes à eux qu'ils mettent à nu ici.

 

Saw_10De façon plus immédiate, on pensera à Cube pour le postulat de départ et l'aspect huis-clos du film [qui ne renvoit pas complètement ici à une seule et même réalité, mais reste très cintré autour de celle-ci]. Saw n'en reste pas là évidemment mais la partie enquête est palpitante, les flash-backs très réussis, et le tout est d'une fluidité parfaite qui n'étreint jamais la force de l'oeuvre mais au contraire l'enrichit sans doute et l'empêche de ressembler à une série Z jusqu'au-boutiste mais simpliste.

 

Saw103Mais surtout, Saw rappelle beaucoup Seven, avec son tueur aux mobiles à la moralité ambiguë, posant des ultimatums à ce que ses victimes auraient en quelque sorte convoité [la mort à cause d'une tentative de suicide par exemple] ou côtoyé [le chirurgien qui lui l'annonce à ses patients], tandis que celui de Fincher se calquait sur le principe des 7 péchés capitaux.

 

Fait étonnant quand on sait aujourd'hui la réputation du film et de ses suites, à l'impact d'abord puis la notoriété considérable, Saw a faillit ne jamais voir le jour. Leig Whannell et James Wan ne trouvait aucun producteur et n'ont pas hésité à financer eux-même le film [et à s'endetter], en se contentant d'espérer des retombées en cas d'un hypothétique succès. Après le tournage de leur première scène [celle qui évoque Cube a-t-on dit], qu'ils envoient à Gregg Hoffman, ce dernier accepte tout de suite de les produire.

 

Saw_II_2Rentrons dans la petite histoire et fouillons un peu, il faut savoir que ce dernier étant encore jeune dans la profession, et ne s'était illustré jusqu'alors par rien de plus que George de la Jungle 2, direct-to-video. Autant dire que lui aussi était prêt à se jeter dans un pari peut-être fou, peut-être pas tant que ça quand on sait que le ''cinéma Bis'' d'aujourd'hui se nourrit de petites productions horrifiques notamment, lesquelles trouvent le plus écho. Hoffman sera par la suite producteur de tous les Saw, jusqu'au 6 dont la sortie est imminente, à l'exception du 3. Il sera encore aux côtés de James Wan pour produire son Dead Silence en 2007 [passé quelque peu inaperçu], ce dernier suivant l'aventure Saw seulement sur la fiche technique.

 

Saw a également su éviter la sortie en direct-to-video, qui lui aurait assuré un tout autre destin, et en ferait sans doute davantage un petit bijou marginal adulé d'une poignée de fans, au lieu d'être décrié et pris en grippe par principe et d'occasionner de nombreuses suites. Pour un coût maudique de 1.2 million de $, Saw en rapportera 55 sur le seul sol américain. Ce qui en fait l'un des films les plus rentables de l'Histoire.

 

Saw_1Mais tout ça ne fait pas le coeur du débat, puisque tout le monde l'a oublié. L'essentiel, c'est de savoir si Saw, c'est bien le film aussi hardcore que tout le monde le dit, et si c'est bien un produit d'adolescent boutonneux jamais las d'hémoglobines.

 

Alors, est-ce un film choc dont on ne pourra pas se relever, dont on sort chancelant ? Non, ou pas exactement, même s'il hantera assurément la mémoire des ''non-initiés'' et y laissera comme le sentiment d'une incursion en territoire interdit, Saw est surtout un ''divertissement'' haut-de-gamme, vertigineux, saisissant, qui envoûtera peut-être la part noire de notre esprit [en laissant à notre imagination de quoi s'y retrouver, peut-être de quoi puiser], mais pas autant qu'il nous emmènera dans des contrées rarement proposée dans le catalogue du cinéma mainstream.

 

SAW_103Saw, malgré ses suites qui l'ont décrédibilisé, est un produit irrévérencieux, transgressif par sa brutalité, qui vaut réellement le détour, et qui malgré quelques défauts, est un moment intense, avec son petit quelque chose d'absolu. Sa violence outrancière l'empêche peut-être de chambouler notre Ame, mais l'expérience aura été stimulante.

 


Découvrez les premières minutes du film...

 


SAWASAW = 4sur5

De James Wan. Avec Leigh Whannell, Cary Elwes, Dany Glover, Ken Leung, Dina Meyer, Tobin Bell, Shawnee Smith. Thriller, Horreur (USA, 2004). 1h44. Sortie France le 16 mars 2005. Interdit aux moins de 16 ans.

Acteurs>3/5. Scénario>3/5. Dialogues>3/5. Originalité>4/5. Audace/Transgression>4/5. Emotion>4/5. Ambition/Intelligence du propos>3/5.

 

Notoriété>102.013 votes sur IMDB (colossal : à titre de comparaison, 213.000 pour Titanic ; 24.000 pour le remake d'Amityville pourtant très connu et comptant son lot de fans) ; 10.012 notes sur AlloCiné (important)

Votes du public>7.7/10 sur IMDB ; 3.2/4 sur AlloCiné

Critiques presse>2.5/4 selon AlloCiné


Avis-Commentaires --> 3/5

« SAW commence donc très fort et, s'il élargit rapidement ses horizons par une série de flash-backs, la tension de la captivité de ne dilue jamais. » Ciné Live

« Si, comme nous […] vous piétinez d'impatience à l'idée de manger une bonne claque qui remue les tripes et excite votre imaginaire déviant, alors Saw est LE film qu'il vous faut. » Mad Movies

« Premier essai d'un malin cinéaste australien, Saw vise un peu trop ouvertement le statut de film d'horreur culte qui lui assurera un fructueux destin en DVD. » Télérama

« Son nihilisme abouti en fait un spectacle potentiellement déplaisant » Première

« Alambiqué à souhait, Saw s'avère violent, sanglant, étouffant mais aussi surprenant. Impossible de ne pas se prendre au jeu » Zurban

« Curieux film où Ford Boyard et Fear Factor sont revus et corrigés par Seven [...] un exercice plutôt enlevé, qui parvient à ménager de bout en bout une attente chez le spectateur, toujours agréablement désarçonné » L'Humanité

« Un premier film hors-normes , vrai petit coup de génie qui bouleverse les codes établis » L'Ecran Fantastique